lundi 9 septembre 2013, Carole Dieterich

Créé en 2012, le PEROU - pôle d’exploration des ressources urbaines - rassemble des architectes, des artistes, et autres « explorateurs » en tout genre. Ensemble, ils ont travaillé à améliorer le bidonville de Ris-Orangis (91) et développent une réflexion sur l’habitat précaire en France. Afriscope a rencontré Sébastien Thiéry, politologue en charge de la coordination de cette nébuleuse et la journaliste Victoria Zorraquin, une des activistes.

Entretien croisé avec Sébastien Thiéry et Victoria Zorraquin par Carole Dieterich pour Africultures

Qu'est-ce que ce collectif PEROU ?

Sébastien Thiéry : Nous construisons à partir des situations existantes, à vif. Là où ça blesse mais aussi là où les gens vivent. La question de la précarité urbaine est un sujet pour lequel les politiques publiques ne produisent aucun des effets attendus. Non pas par manque de volonté mais parce que le problème est mal posé.

C'est-à-dire ? Quelle est votre approche au PEROU ?

S.T. : Auparavant, je faisais partie des enfants de Don Quichotte. La logique de beaucoup de militants est arithmétique : il y a des corps en trop, il faut construire des niches en plus. On ne peut pas bâtir une ville de cette façon. Nous faisons partie de cette génération de personnes qui ne travaillent pas nécessairement où elles sont nées, et qui ne mourront pas là où elles ont travaillé. Nous sommes des nomades. Pour nous, temporaire ne rime pas fatalement avec précaire. Les situations sur lesquelles nous travaillons peuvent nous mettre sur le chemin d'une avant-garde. Vers une ville correspondant à nos modes économiques et affectifs de vivre.

À Ris-Orangis par exemple, toute la ville est délabrée par l'urbanisme. La seule place où il était possible de danser était celle que nous avions construite dans le bidonville. On a dansé ensemble, on a construit ensemble. Et ceci est pour moi un modèle d'urbanité. L'idée est d'ouvrir les espaces par des actes. Ce n'est pas "venez voir" mais "venez faire". Cela s'applique aux foyers de travailleurs migrants et à toutes les enclaves.

Vous avez en effet travaillé dans le bidonville de Ris-Orangis et aujourd'hui à Grigny (91). Qu'avez-vous fait concrètement ?

S.T. : Nous avons travaillé sur les espaces des relations : les interstices, les espaces communs, les espaces publics, les seuils, les chemins, etc. Au cœur du bidonville, avec l'aide des riverains, nous avons construit une salle commune : l'ambassade du PEROU. Au mois de février, le danseur Israël Galvàn y a donné une représentation. Cela a permis de faire venir d'autres riverains et de sortir de l'esthétique de la précarité. Entre le bidonville et la ville, il existe une distance, créée essentiellement par du fantasme. Le vivre ensemble c'est cela : crever le fantasme et rencontrer une réalité complexe.

Victoria Zorraquin : Après l'expulsion de Ris-Orangis au mois d'avril, de nombreuses familles se sont installées sur un terrain de la municipalité de Grigny. Concrètement, à Grigny, nous avons construit une passerelle, cela paraît peu de chose mais c'était indispensable. Il y avait un grand chemin de boue et ce dispositif permet désormais de franchir le seuil du bidonville.

Ces projets ont-ils été participatifs ?

V.Z. : Nous avons posé un outil dans le bidonville et les habitants s'en sont saisis. Par exemple, l'ambassade devenait une chapelle utilisée une fois par semaine pour l'office. Nous n'avions pas imaginé cela.

Peut-on parler d'opposition avec les associations de droit au logement ?

V.Z. : Je pense qu'au PEROU nous prenons le problème autrement. Nous agissons sur un espace et voyons ce qui se passe. Néanmoins, je suis très respectueuse de ceux qui ont recours à des méthodes "classiques". S.T. : Plutôt que de dénoncer la situation, ce qui entraînerait l'expulsion, nous avons décidé de l'améliorer. Inspirés notamment par l'architecte sud-africaine Carin Smuts ou encore par l'Atelier solidaire, collectif lillois. Notre approche et celle des militants sont donc antinomiques. Aussi, le vœu de bénévolat est absurde. Un des enjeux du PEROU est à terme de créer les conditions économiques de l'action afin de pouvoir s'entourer de professionnels.

Comment travaillez-vous sur les représentations ?

S.T. : Les pieds dans la boue, nous n'avons pas le temps de penser à l'image que cela va produire. Nous répondons à des nécessités, ce qui a pour effet de changer les représentations.

V.Z. : Lorsque nous avons commencé la colonie de vacances dans le bidonville de Grigny cet été, nous sortions dans la rue avec les gamins "Roms" aux yeux des riverains. Petit à petit, ils ont commencé à les regarder différemment. Mais nous ne sommes pas sortis dans le but de changer le regard des gens.

Comment votre travail a-t-il été reçu ?

V.Z. : Je pense que nous avons aussi fait bouger les représentations des habitants du bidonville. Il leur fallait comprendre qui nous étions. Les quinze premiers jours quand je suis allée à Ris-Orangis, on me demandait presque systématiquement si j'avais vu le film Gadjo Dilo de Tony Gatlif. Cet imaginaire était un premier point de rencontre. Je me sentais mieux grâce à cette référence commune.

S.T. : Au-delà de l'espace, il y a la façon dont on se raconte des histoires. D'où l'importance de travailler sur la langue avec les enfants. Parce que ceux qui se font la guerre sont ceux qui n'ont rien à se raconter. Ils n'ont jamais vu un même film !

V.Z. : Pendant la colonie de vacances, nous avons effectivement créé un imagier trilingue avec les enfants afin de faciliter la communication. Puis nous nous sommes dit que cela pourrait servir de kit linguistique pour les enfants scolarisés.

Finalement, que signifie "être chez soi" ?

V.Z. : À force de me rendre au bidonville, j'ai la sensation que cette partie de la ville est aussi chez moi. Le bidonville me concerne comme s'il m'appartenait. J'ai aussi appris que parfois il fallait accepter les codes des autres, se comporter en bon invité au bidonville.

S.T. : Être chez moi, signifie vouloir laisser un terrain habitable à nos enfants. Au moment où nous publions ce numéro, les familles vivent toujours sur le terrain de Grigny. Néanmoins, un démantèlement pourrait avoir lieu dans les semaines, voire les jours à venir.

                     

http://www.africultures.com/ 

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