Immigration : Les années passent, mais il faut se rendre à l’évidence, nous ne repartirons jamais vivre au Mali - article paru dans Maliweb.net

Dès 2010, des «correspondances» filmées nous avaient permis d’écouter ces femmes maliennes de Montreuil, en banlieue parisienne, échanger avec leurs sœurs maliennes à Kayes et à Bamako. Celles de l’extérieur confiaient leurs désillusions, leurs souffrances au pays des Blancs ; celles de l’intérieur expliquaient que le pays avait changé, qu’il n’était plus le même.

Début 2013, ces femmes maliennes de Montreuil ont décidé de se réunir régulièrement pour rassembler leurs souvenirs et témoigner de leur vie loin du Mali. De ces échanges, est né un livre : «Elles l’ont vécu», magnifiquement illustré, où chacune, par petites touches, raconte son histoire, son parcours. On y trouve aussi des contes, un petit lexique en bambara et en soninké et des recettes de cuisine.

Je suis allée à la rencontre de ces femmes maliennes de Montreuil, en octobre 2013. C’est Hawa Camara, présidente de l’Association qui m’a ouvert la porte de leur permanence, rapidement rejointe par Massa Touré. J’ai d’abord expliqué ce que le Mali était pour moi et pourquoi, moi, occidentale, je tenais une chronique dans un hebdomadaire malien.

Hawa m’a raconté comment l’Association des femmes maliennes de Montreuil était née en 1996. Il fallait créer un lien entre les femmes maliennes, les sortir de leur isolement, et leur permettre d’améliorer leurs conditions de vie, économiques, sociales et culturelles, car arriver dans un pays comme la France, n’est pas facile. Cela commence par une multitude de démarches, il faut tout de suite s’occuper de la scolarisation des enfants, trouver un emploi et un logement. «Il faut s’intégrer».

Comme Hawa et Massa, beaucoup de Maliennes de l’extérieur vivent en France depuis une quarantaine d’années. «Quand on quittait le pays à l’époque», expliquent Hawa et Massa «nous n’étions pas toujours contentes de partir. Nous n’avions aucune idée de ce qui nous attendait. Nous étions inquiètes. Notre mari était arrivé en France bien avant nous. Parfois, nous ne le connaissions pas bien. Nous nous sentions isolées ici. Nous habitions dans des immeubles où nous ne connaissions personne, où il n’y avait pas de Maliens, où personne n’était disponible pour aider. Nos interlocuteurs de l’époque étaient les assistantes sociales, l’école, et les patrons. Le maître-mot était l’intégration. Notre vie était très dure, chacune se construisait son ère de lutte. Notre vie était faite des soucis au travail, à la maison, avec les enfants, et des soucis avec les parents restés au pays qu’il fallait aider.

Nos priorités étaient de travailler, nous loger, nourrir tout le monde, apprendre à mieux parler français, et régulariser les papiers. Nous avons vécu avec le poids de la société française et le poids de l’Afrique. Nous n’avons pas toujours été bien conseillées. On nous disait que pour faciliter l’intégration de nos enfants, nous devions leur parler français. C’est ce que nous avons fait, c’était une erreur. Ils ne maîtrisent pas bien notre culture, ne savent pas vraiment d’où nous venons, et pourtant, tous les jours on leur rappelle qu’ils sont «d’ailleurs».

C’est parce que nous avons vécu tout ça que l’Association a été créée. Il fallait remplacer cette grande famille qui nous avait tant manqué, à nous, à notre arrivée. Les hommes étaient méfiants au début. Ils pensaient que l’Association allait les surveiller. Maintenant, ils savent que, nous, les femmes, y trouvons conseils, échanges et réconfort.

Quand on s’expatrie, on pense toujours que c’est pour un temps seulement, et qu’après, on va retourner chez nous, au village. Les années passent et il faut se rendre à l’évidence, nous ne repartirons jamais, parce que notre vie est ici ; parce que nos enfants qui n’ont jamais vécu au pays, ont construit leur propre vie, leur propre famille, ici. Le plus douloureux est de constater, lorsque nous pouvons payer les billets pour retourner quelques semaines au village, que le Mali d’aujourd’hui n’est plus ce qu’il était. On ne le reconnaît plus. Les mentalités ont changé. Ici, dans nos têtes, c’est avec le Mali que nous avons quitté, que nous vivons. Nos valeurs, les valeurs d’autrefois, celles que nous avons essayé d’inculquer à nos enfants, ne sont plus d’actualité au Mali. Nous sommes décalées. Le Mali d’aujourd’hui, nous ne le connaissons pas.

Ici, nous nous levons Maliennes, nous nous habillons Maliennes, nous mangeons Maliennes, nous pensons Maliennes. On nous rappelle tous les jours que nous sommes Maliennes. Et quand on rentre au pays, on nous dit qu’on est Françaises. Ici, on passe notre temps à travailler, à s’occuper des autres, ici, et là-bas. Quand est-ce qu’on va s’occuper de nous ? On aide les parents au pays, et pourtant, eux ne se développent pas ; et nous, ici, on n’avance pas».

Amer constat que celui de ces femmes maliennes de Montreuil ! Hawa et Massa sont d’accord. Il faut que les Maliennes et Maliens de l’extérieur expliquent, encore et toujours, à ceux restés au pays, que la vie n’est pas facile ici ; qu’il vaut mieux aider un de leurs jeunes à s’installer sur place, au Mali, plutôt que d’investir dans son hypothétique et dangereux périple vers la France.

Mais, le mirage de l’Occident est tenace. Au cours de notre entretien, un de ces jeunes Maliens, Youssouf, est arrivé à la permanence, et s’est joint à nous. Il a survécu à ce long et périlleux voyage, il y a quelques mois. Il confirme que la vie est dure en France. Il est d’accord avec Hawa et Massa. Avec tout l’argent dépensé, il aurait pu se fixer au pays. Mais, explique-t-il, avec une certaine gêne, «quand on s’y installe, il y a toujours un frère, un cousin qui a besoin d’aide et de ce fait, on ne peut pas avancer dans son projet». Il a préféré prendre la route. Il est prêt à affronter les difficultés de sa nouvelle vie. Mais, il est convaincu, lui aussi, que quand il aura gagné assez d’argent, il retournera au Mali…

Françoise WASSERVOGEL

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