C'est un trou de verdure où ne coule nulle rivière. C'est une carie dans le tissu urbain dense (de plus en plus – et, au fond, qui s'en plaindra, tant que la densification de ce tissu ne se fait pas au profit exclusif d'une économie florissante, au dépens d'une convivialité que le quartier connaît depuis longtemps) ; un lieu que catégorisent avec peine ceux qui l'aiment ; que ceux qui le dénigrent renvoient au terrain vague ou à la friche. Un lieu qui n'existe que du désir des habitants.

Parcelle enchâssée au cœur de plusieurs autres, ce terrain s'ouvre par un long couloir, bordé d'un côté par un mur d'habitation, de l'autre par la cour d'une usine (détruite depuis), ce couloir aboutit à un vaste espace sauvage, planté d'arbre, de fleurs, d'herbes plus ou moins bonnes. La configuration du lieu et sa situation sur le dessin d'une voie nouvelle rêvée par l'ancienne municipalité (et qui ne vit jamais le jour) ont toujours protégé ce terrain de l'appétit des promoteurs.

Actuellement, ce lieu est ouvert chaque jour, du matin au soir. Des bénévoles en assurent l'entretien, tant au niveau de la propreté que du jardinage. Des collégiens, lycéens ou employés viennent y déjeuner aux beaux jours ; des parents viennent y jouer avec leur progéniture. Des événements y sont organisés (camping, bal, représentation théâtrale ou circassienne). L'endroit ne possède pas de programme bien défini ; plus que programmé, le lieu répond à une éthique, une morale.

Il ne s'agit pas de définir les besoins du quartier (et par la même les cadrer et les induire) mais de susciter et d'accueillir les désirs puis d'en accompagner la réalisation. L'important n'est pas de deviner ou cerner ce dont une population à besoin mais de permettre au désir de naître. Permettre et provoquer la prise en charge par des riverains de lieux communs dans leur ville. Alors, la ville n'est plus un paysage abstrait et lointain dont la gestion est entre la main d'administratifs ou/et d'élus. D'un lieu usité, elle devient un lieu dont on invente l'usage.

Ce n'est pas évident, dans une ville, de faire entendre que les interstices ne sont pas de la responsabilité d'autres que nous habitants ; que notre responsabilité dépasse la cadre restreint de notre foyer. Pourtant, ce terrain, le terrain d'aventure, propose que chacun se charge d'un souci* commun.

Il y a de nombreux lieux dans Montreuil, dents creuses urbaines, souci heureux des riverains. Le Jardin Rouge vers l'avenue Henri Barbusse, l'association autour du Chêne (oui, je sais, on passe à Bagnolet), et surtout les Murs à Pêche.

Ces lieux non construits, s'ils représentent une absurdité foncière, sont et doivent avant tout être le ciment de la citoyenneté municipale. Que par le souci de « lieux communs » ils permettent de faire circuler des rencontres. Ces lieux ne doivent donc pas être réduit à une utilisation donnée ; la manière dont on en réinvente constamment l'usage construit le lieu en même temps qu'il le justifie.

Nicolas Combet
Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.  -   http://terraindaventure.blogspot.fr/

Le Terrain d'Aventure est au 92 rue François Arago. Ce terrain est autogéré depuis de nombreuses années.

* Le souci n'est pas que l'objet de notre inquiétude ; il peut aussi être l'objet de notre attention... Beauté, mon beau souci...
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Commentaires  

0 #1 Roma 16-12-2013 20:11
Un lieu pour rêver. Un lieu pour exister et imaginer. Rêvons la ville. Sachons disposer des espaces encore en friches, avec des maisons abandonnées afin d'y construire des demeures pour ceux qui ne peuvent payer plein pot les appartements dans les immeubles traditionnels.
Et surtout faisons vivre la nature en ville, les herbes folles, les arbres poussant au détour d'une rue. Nous avons tellement besoin d'une nature qui nous fasse respirer un peu d'oxygène, un peu de verdure. Qu'on puisse oublier les espaces minéraux et froids !.
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