Texte écrit après l'expulsion le 28 juillet 2016 des familles roms du 250 Bd Boissière à Montreuil

Les Roms.... Les Roms sans cesse expulsés, laissés dehors dans la rue ou sur une place, chassés par la police, leurs affaires arrachées, écrasées. Les Roms sans rien, sans papiers , sans douches, sans WC, parfois sans nourriture...!

Cela fait des années que je les accompagne. Les solutions parfois ont été trouvées, des maisons à squatter, d'anciens locaux industriels vides, ouverts de force par des amis compatissants, et la vie repart, avec ses aléas, ses bonnes fortunes, ses malheurs, ses joies, son inconfort !

Ce soir, je me soucie pour une femme, rom comme eux, mais elle, a eu la chance de pouvoir grimper dans l'échelle humaine, elle parle et lit le français, elle a un travail et un appartement. Elle a voulu aider ses compatriotes qui ce soir se trouvent à la rue.... et elle ? Elle les accompagne, leur sert à manger, leur permet l'accès à sa salle de bain, se ronge les sang pour eux, se sent en charge d'âme.
Je me soucie pour elle car elle m'a rendu service et moi aussi je l'ai aidée lorsqu'elle en avait besoin.
Nous sommes des compagnes d'infortune, j'aurais bien voulu l'épauler plus, mais je n'en ai pas la force, et aussi j'ai en charge un autre groupe. Je ne puis me démultiplier. Les Roms sont là passifs car ils ne connaissent pas les clés pour ouvrir les portes de notre société, ils attendent de tous, un coup de main, un lieu enfin où ils pourront poser leur tête, regarder leurs enfants jouer.

Je sais, elle le sait aussi, elle me l'a dit ce soir, cette société ne veut pas d'eux. Certains d'entre eux, oui, plus chanceux, mieux armés, sortiront la tête hors de l'eau et commenceront braves comme ils sont, à se tracer un chemin dans le pays.
Les autres dans l'attente ?... Pourquoi veulent-ils rester en groupe ? Ils ont peur, peur d'un monde qui les rejette. En groupe, ils se sentent moins vulnérables, croient-ils, ils pourront mieux se défendre, si les intrus ne sont pas trop nombreux, si les forces qui les attaquent ne sont pas trop virulentes. Et comme ils ne peuvent quantifier leurs ennemis, ils espèrent que leur propre nombre les garantira contre l'épaisseur et les dangers de la nuit !

La nuit vient sur nos consciences bornées, sur notre malheur à mal vivre, sur le manque d'amour et de bienveillance envers nos semblables.

La nuit vient ! Est-ce l'ombre de la nuit ? Ou est-ce l'ombre de nos cœurs ? La noirceur de nos âmes qui veulent tout garder pour elles-mêmes, qui ne veulent pas ouvrir leur porte et leur cœur à celui/celle qui se tient dans l'ombre et qui n'attend qu'un geste, qu'un signe amical pour apprendre à regarder les autres sans crainte... et à espérer !

Jeanne Studer - Montreuil, le 8 août 2016

Ajouter un Commentaire

Consulter les CGU de ce site pour connaitre les règles d'utilisation des commentaires d'articles : Nos CGU


Code de sécurité
Rafraîchir