Il est fréquemment question ces derniers temps de l'habitait participatif, lequel n'est pas encore très développé en France par rapport aux pays nordiques. C'est un modèle de logement où les futurs habitants vont concevoir, créer et gérer leur habitat collectivement, en cohérence avec leurs moyens et leurs aspirations, en particulier en matière de vie sociale et d’écologie.

"Nous-montreuil" a voulu connaître les impressions d'une personne qui vit cette expérience et est allé à la rencontre d'une de ses habitantes : Alenka Zver.

Alenka, d'origine slovène, est montreuilloise de longue date (1988) et elle apprécie beaucoup la ville de Montreuil : son côté cosmopolite, son sens de la culture et son tissus associatif.....

Alenka nous raconte :
J'étais en recherche d'un logement plus adapté à ma mobilité. Je ne connaissais pas du tout l'habitat participatif, n'en ayant jamais entendu parler. Je me suis retrouvée chez des amis en novembre 2011 et je leur ai parlé de mon désir de déménager.
Il m'ont dit alors : "Quelque chose se crée" et m'ont mise au courant de ce projet d'habitat participatif qui en était à ses débuts.
Je me souviens d'avoir passé une nuit agitée tellement j'étais excitée. Je me suis dit : "Mais voilà c'est ça que je cherche...", j'étais tellement contente, j'ai tout de suite appelé le numéro que l'on m'avait donné et j'ai fait part de mon souhait de tenter cette aventure.

Le groupe et les architectes :
Pratiquement tous les gens qui étaient là au départ, sont partis pour des raisons variables. Pour certains c'était trop long : à un moment donné le PLU a été bloqué pendant 6 mois, il n'y avait pas de construction sur Montreuil . D’autres ont déménagé ou perdu leur travail
C’est le cas d’ un couple qui était le plus investi et qui avait trouvé le nom actuel de notre habitat "Comme Un Baobab - ou CUB". La jeune femme a perdu son travail, donc la capacité à emprunter, et ils sont sortis du projet à mon grand regret.
Des dissensions avec le maître d'ouvrage ont aussi motivé le départ du projet …
Le futurs habitants arrivaient au projet par cooptation en adhérant à la charte de l’habitat participatif

Deux architectes de la Société Méandre sont intervenus dans ce travail : Christian et Maud . Nous avons eu beaucoup de réunions avec eux pour concevoir ensemble notre habitat, ce qui était très exaltant.  Il y avait des débats, des échanges très riches et instructifs !
Christian avait déjà travaillé dans des projets d'habitat participatif. C'est lui qui a construit l'école Stéphane Hessel avenue de la Résistance qui est une superbe école. Maud était plus en charge des aménagements intérieurs.

La configuration des appartements a été conçue ensemble entre les architectes et les futurs habitants. Mais parfois les architectes étaient tellement à notre écoute, à suivre notre désidérata que j’ai préféré personnellement suivre le souhait d’un habitant par esprit de solidarité plutôt que le leur qui était en fait plus pertinent. Je le regrette aujourd’hui… auraient-ils dû être plus dirigistes ?

L'élaboration du projet
Cpa-cps.com qui veut dire "Construire Pour les Autres Comme Pour Soi" a été la devise du maître d’ouvrage, c‘est à dire le promoteur. Je trouve que c'est une déclaration très idéaliste.
L'élaboration du projet a duré un certain temps. Au départ, on avait des réunions toutes les semaines, c'était une sorte de brainstorming, on nous disait "Voilà ! Tu souhaites comment, tu vois comment ?"
On nous demandait aussi notre avis pour valider les matériaux. C'est du BBC, bâtiment basse consommation un peu renforcé, c'est à dire il n'y a pas que du béton, il y a aussi à l’intérieur du bois, et puis même par rapport au coloris, nous disions ce que nous voulions.
Nous avons souhaité de la couleur qu’on retrouve dans l’encadrement des fenêtres qui sont de trois  couleurs.
En revanche, cela fait deux ans que j'attends la pergola prévue par les plans  Elle n'est toujours pas installée, alors que je l'ai payée. Le passiflore sur mon balcon s'accroche à tout ce qu'il peut à défaut de cette pergola prévue. Je pense qu’un promoteur privé n'aurait pas osé se permettre de ne pas livrer une finition deux ans après la réception de l'appartement.
Dans l'habitat participatif, on est plus gentil, on connaît le promoteur, on râle un peu mais en même temps, on accepte …
Tout ne me plaît pas, surtout l'entrée, avec ses deux portes grillagées On voit tout à travers. Les murs sont en béton brut, gris mal finis. Les jeunes s’en accommodent mieux que moi. Il y a pas mal de jeunes ici, je suis d’ailleurs la senior, la matriarche disais-je pour rire.. Peut-être des améliorations seront-elles apportées par nous par la suite  si tel est le souhait de la majorité.

Les logements
Dans cet habitat, il y a combien de personnes ?
Il y a 13 logements.
Il y a deux logements qui appartiennent à Habitat et Humanisme,
A qui sont réservés ces logements ?
Cette association a sa propre sélection. Ce sont des gens qui ont eu une vie difficile et qui bénéficient d'un suivi social. Ils habitent ces logements, non à titre pérenne. Il y a eu un monsieur ivoirien avec une petit fille de 5 ans qui est parti. On lui a trouvé un logement à la Noue. Avant son départ, il a fait une grande fête dans la salle commune, il y avait plein, plein de monde. Il co-habitait avec quelqu'un qui est toujours là et qui travaille à la Collecterie.

L'idéalisation de l' habitat participatif
Il ne faut pas trop idéaliser l'habitait participatif. Je connais quelqu'un qui a voulu choisir ce genre de logement et qui était tout feu tout flamme. Ses attentes ont été déçues et elle a renoncé  finalement parce qu'elle attentait trop de ce type d'habitat.
Je sais que je dois me garder de trop idéaliser.
J'adhère à ce projet, à la Charte de vie commune. Nous avons des réunions pour débattre des sujets liés à la vie de la copropriété. Nous veillons à ce qu’il y ait une note conviviale. Ce n'est pas pour autant qu'il y a des liens plus approfondis entre tous.  Cependant, on se connaît tous et je suis contente de cette mixité intergénérationnelle, je n'aurais pas voulu être qu'avec des seniors femmes comme à la Maison des Babayagas
Avoir le sens des autres, c'est important. Il m'arrive de garder la petite fille qui est en bas. J'aime bien et ça rend service à la maman et à l'enfant. On se connaît, on peut se faire confiance. J'ai vu au Vietnam des très vieilles femmes s’occuper de leurs petits enfants. C’était très touchant et sûrement source d’énergie pour la personne âgée et de bien-être pour l’enfant en dehors du côté pratique et utile
Le livre de Marie de Hennezel "La chaleur du cœur empêche le corps de rouiller." décrit des expériences de solidarité humaine conduisant à la longévité en bonne forme .
A côté de moi, il y a un jeune couple dont je suis proche. Elle a 25 ans et lui doit avoir un petit peu plus. On se rend des services. Le grand écart d’âge n’a pas été une barrière infranchissable.  Au départ, j'ai eu un peu peur : des jeunes qui arrivent, il va y avoir des super boom, ça va être bruyant, mais pas du tout, ils sont adorables.

En-dessous il y a deux logements Habitat et Humanisme, l'un est habité par une jeune femme avec trois enfants. Dans l'autre, ils vont remplacer le monsieur avec une petite fille qui vient de partir par quelqu'un d'autre. 
Est-ce que ça se passe bien avec l'ensemble des gens ?
Nous avons voté en faveur de l’implantation de ces deux logements acquis par Habitat et Humanisme. L’intégration des locataires d'Habitat et Humanisme laisse encore à désirer, on ne les voit pas souvent à nos réunions.
Il y autre chose : normalement nous faisons  nous-mêmes le ménage et nous sortons les poubelles.
A ce sujet d'ailleurs, les habitants m'ont dit "Alenka comme tu es la plus âgée, tu es dispensée » J'ai refusé: "Si un jour je ne peux pas, je vous serai reconnaissante de le faire à ma place, mais je n'ai pour le moment aucun souci pour sortir les poubelles ou faire le ménage, je vais faire comme les autres".
Les locataires d’Habitat et Humanisme eux, n'ont pas réussi – encore - à adopter cette petite discipline…

Les habitants
La plupart des personnes qui habitent là, n'ont pas participé aux réunions de mise en commun du travail au début de ce projet parce qu'elles sont arrivées en cours ou vers la fin de cette préparation, mais toutes ont souscrit aux principes d’un habitat participatif
Le monsieur d'Habitat et Humanisme qui travaille à la Collecterie a dit à un journaliste qui l’interrogeait qu'il était très content. Pour lui, un logement représente beaucoup de choses. C'est toute une vie qui recommence.

Quant à moi, ce genre d'habitat a rejoint et même réveillé un désir que j'avais. Je voulais changer et lorsqu'on m'a proposé un habitat participatif, j'ai pensé : "Mais bien sûr, c'est tout à fait ce que je souhaite." Je me sens ici en accord avec ma vision du monde, donc je suis fondamentalement contente d'être ici avec d'autres personnes.
Je pense que la solidarité, c'est important. Il n'y a pas forcément une intimité avec tout le monde, mais j'ai déjà avec ce jeune couple en face de chez moi au même étage, un véritable échange, c'est merveilleux !

La salle mutualisée
A été achetée non achevée, à l'état brut. Nous venons de l’aménager à nos frais en installant l’électricité, le chauffage, ainsi que les peintures.
Il s'y passe toutes sortes d'événements : des séances sur la communication non-violente dans le cadre du "Sel Aventure" (1).
Une fois par mois, l’atelier  "Yoga du rire" se tient dans cette salle.
Les anniversaires y sont fêtés et les réunions entre habitants s’y tiennent périodiquement

Au  rez de chaussée, il y a, en plus de la salle commune, deux locaux d’activités : l'un a été acheté par un apiculteur pour stocker son matériel, qui a son appartement dans le CUB. L'autre vient d’être acheté par un musicien qui a été agréé par le groupe d’habitants.

Le jardin partagé
Nous avons aussi un toit végétalisé avec quelques arbres fruitiers, des fleurs et surtout la possibilité d’y faire, aux beaux jours, de petites fêtes avec barbecue. Des chaises longues invitent au farniente en prenant le soleil…


D'où vient ce nom CUB - Comme Un Baobab ?
Les futurs habitants cherchaient chacun un nom. Celui-ci a été trouvé par une jeune femme malgache qui a emporté les suffrages. Le baobab est un arbre bénéfique à tout point de vue. Tout dans cet arbre est utile, tout est exploitable, c'est l'arbre de santé par excellence.

                                                Propos recueilles par Jeanne Studer

(1) Les SEL : Système d'Echange Local   http://www.sel-lets.be/
http://www.selidaire.org/spip/



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