Tarek Rezig est maire-adjoint à la municipalité de Montreuil. Il est en charge de la jeunesse.
Nous avons voulu connaître les orientations de sa délégation.

                                                                                Parcours

n-m : quelles sont les valeurs qui vous portent et que vous défendez
Des valeurs de citoyenneté dans un premier temps qui m'ont conduit à m'engager en politique, des valeurs utopistes aussi. Des valeurs populaires principalement, des valeurs issues des quartiers.

Je suis originaire du quartier Boissière. J'ai fait toute ma scolarité dans le secteur, j'ai fait comme tout un chacun qui a grandi dans le quartier, j'ai un peu traîné dans la rue, j'ai connu la rue, ce qui m'a permis d'apprendre certaines choses, d'apprendre à ne pas faire

certaines choses également. Ces valeurs populaires viennent de mon quartier d'origine ainsi que ma sensibilité associative puisque j'ai longtemps été engagé de façon associative dans le quartier, dans l' association Jules Verne. Nous étions un petit collectif de jeunes. Nous avons travaillé longtemps au montage de petits projets.

Au niveau de l'antenne de quartier, nous avions une petite antenne Jules Verne, une sorte de junior association et nous montions plein de projets pour essayer d'animer un peu le quartier, sauf qu'à la suite de certaines politiques publiques qui ont été prises fin des années 2009-2010, il y a eu la disparition de certains "pieds d'immeubles" (mini centre de loisirs fonctionnant en bas des immeubles) où nous avions la possibilité de nous retrouver.
C'était notre point d'ancrage pour nous rejoindre et monter certains projets.
Certaines antennes étaient prévues initialement pour les enfants, mais les jeunes du quartier avaient également la possibilité de s'y retrouver. Je regrette ces "pieds d'immeuble".

n-m : cette décision a été très dommageable. C'était une ouverture pour les jeunes leur permettant des activités de groupes avec des animateurs quand les parents ne pouvaient pas les envoyer dans les Centres de loisir.
Actuellement nous sommes dans une conjoncture budgétaire qui ne nous permet pas forcément de récupérer ce type d'équipement, quoique très utile. Certaines dépenses n'ont pas été prévues, quoique les choses en ce moment se transforment plutôt à notre avantage, semble t-il.
La remise en place d'antennes de "pieds d'immeubles" alourdirait fortement le budget au niveau investissement.
Cependant, concernant ma délégation, j'ai fait le choix de maintenir certains "pieds d'immeuble",
Il y en a qui existent notamment à La Noue, sur le quartier du Centre ville, Pablo Picasso, dans la Cité de l'Espoir. où il y a l'antenne jeunesse qui est bien matérialisée et bien identifiée par les jeunes.
De la même manière sur le Quartier Boissière  Ramenas, il y a ce qu'on appelait communément le CLEC, au niveau Boissière.
Nous avons fait le choix de maintenir également l'antenne jeunesse au cœur du quartier Ramena pour avoir un contact direct avec les jeunes. Nous nous interrogeons aujourd'hui sur la mise en place d'une antenne éphémère sur le quartier Boissière Amitié Branly pour être en pied d'immeuble au contact des jeunes.

Une antenne éphémère ?
Elle bougerait entre le quartier Jules Verne et le quartier Amitiés. Encore faut-il trouver des locaux disponibles. A terme, ma volonté c'est de créer des points information jeunesse dans tous les quartiers de la ville.

                                                      Le Bureau Information Jeunesse ou BIJ

Nous avons un Bureau Information Jeunesse, le quartier général du service municipal de la jeunesse, qui a été dernièrement réorganisé en direction jeunesse-éducation populaire, 60 rue Franklin, où nous mettons à disposition des jeunes en recherche d'emploi, en recherche de formation, en recherche de stages, une boîte à outils pour leur permettre de faire cette recherche.

Notre objectif de mettre en place à la fin de l'année des propositions d'emploi-jeunes, des stages, de formations diplômantes, et du coup tisser une sorte de toile d'araignée avec le BIJ (Bureau Information Jeunesse) en central, et des PIJ dans les six quartiers, les six secteurs répartis de la ville. J'ai beaucoup d'attente à ce sujet. Il y a beaucoup de jeunes qui ne se déplacent pas. Ils restent dans leur quartier, au niveau de la Boissière. On va mettre à disposition ces BIJ. au cœur des quartiers, c'est l'information à domicile.
Il y a une sorte d'inégalité territoriale. Tout était centralisé sur le bas-Montreuil, ou au Centre ville, Sur le Haut-Montreuil, il y avait une certaine désertification sur le territoire Montreullois en ce qui concerne l'emploi des jeunes.

                                                              Actions en direction des jeunes 

Comment s'organise le traitement de la jeunesse sur la ville au niveau de la municipalité ?
Le SMJ, Service Municipal de la Jeunesse avec un effectif d'environ 50 agents répartis sur 6 quartiers de la ville, dont Diabolo, antenne  à Berthelot, une antenne au Centre ville, une antenne Ramena, une antenne Boissière,  quartier des Morillons, une antenne Bel Air Grands pêchers, et enfin une antenne au Centre ville, et l'antenne-mère, rue Franklin avec le BIJ.

Que propose le SMJ ?
LE SMJ propose beaucoup de choses
On répartit l'action d'une manière très simple la manière dont on fonctionne, par tranche d'âge. Un panel très large de 11 à 25 ans, où se distinguent deux catégories : les 11-17 et les 16-25 avec des problématiques différentes : sur du 11 -17 ans, on est un peu plus sur de l'accompagnement scolaire, d'animation, de temps périscolaire, de construction, d'accompagnement à l'autonomisation.
Sur le 16-25 : c'est une problématique quotidienne, de santé, de logements qu'on va commencer à traiter aujourd'hui, aux problématiques d'emploi et scolaire aussi puisque dans un second temps, il y a apprentissage.

Tout cela est très bien organisé mais que demandent les jeunes, est-ce qu'ils n'ont pas envie d'avoir un espace à eux, qu'ils créeraient eux-mêmes ?

                                                          Implication des jeunes dans la vie de la cité

Ça fait partie des orientations que j'ai données sur le mandat, à savoir la dimension démocratie participative, qu'on va essayer d'intégrer réellement au plus profond de l'activité municipale. Tenir compte de la volonté des jeunes, en créant un Conseil des jeunes pour pouvoir participer, pas forcément aux délibérations, mais qu'ils aient la possibilité de formuler un vœu chaque année que la municipalité s'engagerait à réaliser. Il y aurait des assises de la jeunesse avec tout un paquet de Comités consultatifs de jeunes sur l'investissement citoyen.

Tous ces projets concernent des jeunes qui sont capables de demander, mais il y a ceux qui ne demandent rien et qui parfois, sont dans la violence. Il y a des jeunes qui refusent un peu tout, même ce que vous allez leur proposer.
J'ai fait ce constat également, et j'ai eu un projet que j'ai tenu à réaliser. On me disait "Il ne faut pas le faire, c'est n'importe quoi, ça ne sert à rien", mais ce projet était symbolique, puisqu'il a servi d'exemple et sauvé pas mal de jeunes, en tout cas au niveau espérance, je pense.

                                                                                 Le projet Chili

Nous sommes partis d'un constat très simple qu'il y a effectivement un certain nombre de jeunes qui est en totale rupture dans certains quartiers, en rupture à tous les niveaux, scolaire, rupture sociale, entrés dans la violence et la délinquance, et nous nous sommes dit :
"Qu'est-ce qu'on va faire avec ces jeunes-là ? " On a plus ou moins la chance de pouvoir leur parler par le biais de nos animateurs jeunesse qui créent un lien privilégié avec eux puisqu'on les accueille un certain temps dans nos antennes pour discuter de tout, créer du lien, ne serait-ce que faire une partie de baby-foot, le jeune se confie, on rigole, et une interaction se crée, et grâce à cet outil-là, on a eu la possibilité d'emmener cinq jeunes au Chili, mais cinq jeunes qu'on n'aurait pas jugés les plus méritants, on n'a pas choisi les meilleurs élèves.
C'est ce qu'on nous a reprochés au moment où on l'a réalisé. Sauf que c'était réellement ma volonté qu'on prenne des jeunes qui sont en totale rupture, avec un pied peut-être dans la délinquance, mais nous nous sommes dit: "Voilà ce qu'on va faire, on les emmène dans un endroit incroyable avec quelqu'un d'incroyable..." puisqu'on est parti avec Charles Hedrich, un des plus grand aventuriers français sur le sport aventure, et qui est très motivé sur la question de la jeunesse également. Il fallait bien une réelle implication de la part d'une telle personne pour pouvoir mener le projet à bien. Donc nous les avons emmenés au Chili. Ils ont gravi un mont de plus de 5000 mètres, plus haut que le Mont Blanc que nous avions fait l'année précédente avec d'autres jeunes.
Nous les avons emmenés dans le désert de l’Atacama, ils se sont trouvés dans des paysages  extraordinaires. La volonté était en quelque sorte de leur faire un reset complet, leur faire perdre tous leurs repères.
"T'es plus dans ta cité, t'es plus ton quartier, t'as plus tes potes t"
Il sont partis un peu plus de 10 jours.
"On va vous remettre à zéro, sauf que derrière on va vous mettre face à des sociétés, à des partenaires professionnel, éducatifs, qui vont vous accompagner dans une démarche, non pas de socialisation, mais de reconnexion, de recherche d'emploi, de formation, et donc sur les 5 jeunes que nous avons emmenés, il y avait tout un paquet de jeunes qui gravitait autour. Le résultat a été assez intéressant, puisqu'à l'issue de ce voyage il y a deux jeunes qui ont trouvé un emploi, un autre qui a repris ses études très sérieusement avec un projet bien défini, et certains jeunes autour d'eux qui se sont remis du coup à rechercher des choses parce qu'ils se sont dit, "Voilà on a la possibilité de faire quelque chose d'exceptionnel". En effet, lorsque les copains étaient revenus, ils leur avaient raconté des histoires extraordinaires
La volonté est de créer un modèle pour ces jeunes-là qui ne sont pas forcément bien sur tous bords, leur dire que, eux aussi ont le droit, eux aussi peuvent changer. Je ne suis pas là pour juger ces jeunes, J'ai juste envie de proposer des solutions.  
Le traitement de la jeunesse sur la ville s'organise : le SMJ s'est transformé avec une direction "jeunesse éducation populaire" dont le contenu est l'éducation populaire, une éducation non formelle, avec un socle de valeur fort. Nous l'avons organisé de manière à pouvoir travailler en transversalité avec toutes les questions impactant les jeunes :
la santé, le sport, le logement, l'emploi...
Nous avons jusqu'à 2020 pour réaliser ce programme, encore 4 ans.

                                                    Autres actions en faveur des jeunes en difficulté

Il y a longtemps, il y avait des éducateurs de rues.....
Il y en a toujours, c'est la prévention spécialisée, l'association "Rues et Cités". Ils sont partout. ils sont répartis sur différents quartiers: le Bas-Montreuil, le Bel-Air.......
Combien y en a t-il sur la ville ?
4 ou 5 chefs d'équipe avec sous leur responsabilité 2, 3 éducateurs, avec laquelle on travaille encore une fois de manière transversale sur différents sujets.
Ils travaillent beaucoup sur la question tsigane, Rom.

Il y a aussi "Hors la rue". ils ont pris dans leurs locaux des jeunes Roms qui n'étaient plus scolarisés. Ils s'occupent des jeunes à partir de 13 ans.

                                      Coordination des actions et associations en faveur des jeunes

Ma volonté finale, mon espérance, ce serait qu'il y ait une réelle coordination entre toutes les associations qui s'occupent des jeunes, qui font un travail au niveau des jeunes et qu'il y ait une réelle visibilité sur ce qui se fait sur la ville de Montreuil.
Il y a beaucoup d'organismes publics, privés, d'associations, qui travaillent sur la question, mais nous n'arrivons pas aujourd'hui à créer une synergie pour travailler encore une fois en co-construction, en coordination, et pour donner une lisibilité d'une politique jeunesse sur la ville.
Je réclame que les moyens soient mis sur les liens avec les partenaires. Nous avons fait dernièrement une réunion pour identifier, référencer tous les organismes publics, privés, associatifs qui travaillent sur la question de la jeunesse pour transmettre ce message fort : nous voulons travailler avec vous. Il faut que nous travaillons ensemble puisqu'on a aussi un contexte budgétaire et un contexte social qui sont difficiles. Ce n'est qu'en se donnant la main, en se serrant les coudes que nous réussirons à être efficients et efficaces sur la question de la transmission de l'information
Il faut qu'il y ait une sorte de comité de pilotage jeunesse pour travailler sur toutes ces questions-là, c'est essentiel et ça passe avant même le socle des valeurs qu'ils soit légitime ou pas.
Pour moi cette articulation qui est certes administrative, est essentielle avant tout, pour qu'on ait justement de l'efficience sur l'activité que l'on veut réaliser
Vous m'avez parlé de "Hors la Rue", je n'étais pas au courant de cette association. et je peux vous en citer une dizaine que je viens de découvrir et que je découvre chaque semaine. Il y a beaucoup de monde qui travaille sur la question de la jeunesse.

                                                                          L'insertion économique
                                                                            Le permis de conduire

Hormis toute l'activité pratico-pratique réalisée dans les quartiers. Nous avons des dispositifs  d'accompagnements à l'autonomisation. Une sorte de passeport citoyen qu'on va mettre en place où il y a entre autres une bourse aux permis de conduire. Un cahier des charges accompagne cette bourse au permis. On demande à chaque jeune de présenter un projet de travail, bien construit, on a des jeunes qui veulent être chauffeurs de maître, beaucoup d'infirmiers et d'infirmières libérales, certains qui veulent travailler sur les aéroports, ou livreurs également.
On va vous accompagner sur votre recherche d'emploi, vous indiquer comment vous devez vous présenter. C'est une première étape à l'insertion, et derrière encore en contre-partie, on leur demande du bénévolat. On leur demande 30 heures, ou 35h de bénévolat afin qu'ils soient sensibilisés au bénévolat.
Ça se passe au "Bureau Information jeunesse". Souvent, ils reviennent nous voir après en nous disant qu'ils avaient découvert le bénévolat, grâce à nous et que, aujourd'hui, ils sont pleinement investis dans le bénévolat
Je vous ai cité Le Sens de l'humus, on travaille également avec les restos du cœur, l'association Taferka, la Collecterie. beaucoup d'associations sur Montreuil. Grâce à ces associations, ils peuvent développer le sens des responsabilités, leur sens solidaire. C'est génial.
Je vous ai cité le permis de conduire, mais il y a aussi l'aide au projet à la mobilité., à l'extérieur. Des jeunes qui ont une volonté d'un projet à l'extérieur pour aller vivre quelques mois, on leur donne des bourses. Il y a une commission qui les délivre. Dans le cadre d'une formation, dans le cadre d'un projet professionnel.

Comment ça se passe avec le maire ?
Il a une certaine confiance dans la politique que je mène, nous travaillons en bonne entente et il est également très attentif à ce qui se passe pour la jeunesse, c'est pour cela que nous avons réussi à  créer notre Direction jeunesse et éducation populaire. qui est un signe fort. C'est la direction globale qui va prendre en compte toutes les antennes jeunesse et tous les centre sociaux sur la ville, pour traiter la question de la jeunesse.
La volonté, c'est de recentrer sur l'essentiel et sur quelque chose de cohérent : jeunesse et éducation populaire, cohérence entre ces deux entités
Il y a une personne qui traite de la question de la jeunesse sur la ville de Montreuil, un interlocuteur direct. C'est par cette personne qu'il faudra passer à l'avenir : le directeur de la jeunesse éducation populaire
On met les choses en marche et on avance petit à petit.
Ce n'est pas seulement la volonté politique, mais c'est une volonté administrative.

L'administratif n'est-il pas un empêchement ?
Ce sont eux qui gardent le cadre. Si nous étions seuls aux manettes. peut-être que nous ne prendrions pas de décisions raisonnables. Nous essayons de faire preuve de pragmatisme, sur un ratio population-équipement public qui est difficile.

Y a t-il une orientation prise par la municipalité concernant les événements tragiques, ces jeunes qui partent au Djihad ?
Il y a un travail sur la radicalisation, sur l'identification de certains jeunes en radicalisation qui est en cours de traitement. Nous avons mis du temps, parce que nous avons reçu un sacré coup de massue après ce qui s'était passé. Nous n'avons pas à Montreuil, cette grosse problématique de radicalisation, même si elle est présente dans chaque ville. Nous ne l'avons pas identifié comme étant la principale sur la ville, mais nous accordons une attention particulière à ce qui se passe, sans pour autant le manifester de manière publique. Nos équipes sont sensibilisées et formées sur la question pour pouvoir donner une réponse face à ces jeunes.

Propos recueillis par Jeanne Studer

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