Une révolution s’opère sous nos yeux dans l’aménagement du territoire.

Réactionnaire, évidemment : le retour de la « pieuvre parisienne », cette fois transformée en méduse. La menace vient de loin : Paris et le désert français, livre de 1947. Les grands commis du Général de Gaulle la prirent au sérieux. Ils tentèrent d’enrayer le processus, sur deux axes. D’abord ouvrir des contrefeux : les métropoles d’équilibre (qui ont effectivement « décollé », comme Toulouse, Nantes, Strasbourg, etc) et le déménagement d’usines vers les régions. Et dans la région parisienne, mettre « un peu d’ordre dans ce bordel » (selon la verte parole du Général) en créant des villes nouvelles et en sauvegardant des ceintures vertes à proximité de Paris. La métropole prenait la forme d’une pieuvre, s’urbanisant le long des vallées, entre les plateaux agricoles.

Hélas ! Le libéralisme allait balayer toutes ces tentatives de « capitalisme organisé ». Les derniers feux de la décentralisaion remontent au début des des années 90. Et puis on laissa tomber. L’idée s’imposa que la seule source de compétitivité qu’il restait à la France était la taille de sa métropole. Big is beautiful... Est-ce si sûr ?

De fait, en 1950, les plus grandes villes du monde (banlieues comprises) étaient presque toutes ses capitales industrielles : New-York (12 millions), Tokyo, Londres, Paris, Moscou, Buenos-Aires, Chicago, Calcutta, Shanghai, Osaka, Los Angeles, Berlin, etc. En 2011, l’ordre est bouleversé : Tokyo, certes (mais la géographie du Japon...) : 37 millions, puis Delhi, Mexico, New-York , Shanghai, São Paulo, Mumbai, Beijing, Dhaka, Calcutta, Karachi, Buenos Aires, Los Angeles, Rio, Manille, Moscou, Osaka, Istanbul, Lagos, Le Caire, Guangzhou, Shenzhen, Paris, désormais 23e avec 11 millions. Londres est 30e. Berlin et les autres villes européennes ont disparu du Top 30.

Il n’y a plus que 3 européennes de plus de 10 millions d’habitants : Paris, Istanbul, Moscou.1 Est-ce vraiment un honneur ? Mises à part Tokyo, New-York, Los Angeles et Londres, Paris se trouve en plutot fâcheuse compagnie : avec les villes de l’ancien tiers monde, celui qui « émerge » (en Chine) ou celui qui stagne (Dhaka, Karachi, Lagos), vers lesquelles affluent les masses paysannes prolétarisées par la dérégulation générale.

L’Europe qui gagne, c’est l’Europe alpine, rhénane, scandinave, celles de Francfort et Stuttagart,qui s’est tenue à l’écart de ce palmarès douteux. Et pourtant, Sarkozy, avec le soutien des socialistes franciliens, mais aussi des communistes (qui pensent que les progressites sauront démocratiser les mégapoles comme ils ont démocratisé le nucléaire), a pu imposer encore plus de centralisation. Selon le nouveau Schéma directeur de l’ile de France, voté le 18 octobre, mettant en musique sa loi « Grand Paris », l’Ile de France doit encore gonfler, gonfler, récupérer des parts de population sur le reste du territoire national, pour ne pas subir le sort de Londres, sans doute déjà éliminée du Top 30.

Et comment ? En lançant des métros automatiques, non seulement dans les banlieues déshéritées (ce dont tout le monde se félicite), mais aussi pour urbaniser les terres agricoles qui avaient subsisté entre les bras de la pieuvre : le plateau de Saclay, le triangle de Gonesse, et de plus petites enclaves comme les terres agricoles et le parc départemental de Villejuif.

La pieuvre francilienne évolue en méduse, les derniers espaces de respiration engloutis dans la masse informe d’un immense banlieue s’étalant en tache d’huile. Et là encore, avec l’appui des équipes municipales « productivistes de gauche », au nom de la crise du logement, en particulier social. Crise indéniable. Mais la solution est-elle de gaver une seule région, l’Ile de France ? Et en bourrant de Hlm les villes qui n’arrivent plus assurer le vivre-ensemble là où les pauvres sont déjà entassés ?

Ne serait-il pas temps de revenir au polycentrisme, de miser sur les villes de 300 000 habitants, et d’y orienter emplois, logement, système de formation ?

Et comme il faut tenir compte des écologistes, on ressort l’argument, classique, des bétonneurs : il faut den-si-fier. Pourquoi ? Eh bien pour sauver les terres agricoles. Celles des autres départements bien sûr : de la Seine et Marne, du Loiret, de l’Oise... Politique du Sapeur camembert, qui urbanise les dernières terres maraichères proches de habitants pour épargner les terres à blé et à betteraves plus lointaines, travaillant pour le marché mondial. En oubliant le « plus » écologique (air , eau, rafraîchissemnt de l’effet de serre urbain, lieux de détente) que représentent les terres « ouvertes » de proximité.

Ce projet de Sdrif a suscité un haut le coeur de la population francilienne, que pour une fois, la commission d’enquête publique a relayé : « Très souvent posée comme postulat à la densification, la question est : comment la Région IDF, avec une densification actuelle des plus hautes d’Europe, peut-elle être volontaire et incitatrice pour un nouveau développement de l’urbanisation par une densification accrue du cœur de l’agglomération pourtant déjà en limite de saturation ?

Pourquoi n’y-t-il pas une meilleure volonté d’aménagement du territoire au niveau national ? » Bonne question. On attend la réponse des élus socialistes, communistes et écologistes franciliens.

Alain Lipietz - Politis 26 octobre 2013  -   www.politis.fr/

 

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