Une vision de la ville

« A Montreuil, on a toutes les richesses possibles et imaginables »

Nous-Montreuil : Quelle est la vision de la ville portée par la municipalité ?

G. Le Chequer : notre vision Montreuil ne doit plus être dans une situation subie de l'évolution de la ville, mais bien au contraire, dans la maîtrise, pour donner à la ville toute sa place et tout son rayonnement dans une construction métropolitaine.

En ce moment la construction de la métropole est un big-bang institutionnel, et si on ne s'arme pas suffisamment, le risque c'est que d'autres décident de l'avenir de notre territoire.

C'est pourquoi, il faut utiliser tous les leviers que nous pouvons : la Charte de construction durable que l'on vient d'adopter, la mise en révision de notre PLU et la détermination d'un certain nombre de secteurs sur lesquels on devra peser dans la construction métropolitaine.

A la communauté de l'agglo Est Ensemble, le maire porte la vision d'ensemble, le vice-président à l'aménagement Jean-Charles Nègre qui est montreuillois et moi-même avec une délégation assez large : aménagement, urbanisme et espace public, nous sommes entendus. Montreuil pèse de tout son poids dans toutes les instances institutionnelles qui vont déterminer l'avenir de notre ville.

Nous-Montreuil : Concrètement…

G. Le Chequer : la mise en révision générale du PLU a été votée en décembre dernier. Nous avons laissé passer un peu de temps parce que nous voulions d'abord finir la Charte des promoteurs. A partir de la rentrée prochaine, la mise en révision générale du PLU, votée par le conseil municipal, pourra commencer. Les citoyens pourront prendre part à cette révision du PLU. Il y a des contraintes réglementaires, faire un appel d'offres, choisir un bureau d'études qui nous accompagne, une agence environnementale puisque nous avons souhaité qu'il y ait un volet environnemental fort, une agence de concertation…

Le marché qui est en cours va être rendu au mois de septembre, et aussitôt après, s'engagera tout le débat citoyen.

Fontenay S/Bois, notre ville voisine, a fait un travail admirable, avec des réunions thématiques, où il y avait en général pas moins de 100 à 200 personnes, et qui s'est achevé par un vote quasiment unanime au Conseil municipal, avec une vision partagée du territoire et une ambition forte. Je pense que c'est de cette manière que nous devons travailler, et les gens sont prêts à ça.

Le Grand Paris se met officiellement en place au 1er janvier 2016, mais ensuite il faut un temps institutionnel pour la mise en place de l'institution du Grand Paris et les transferts de compétence. Nous aurons déjà engagé alors notre révision PLU et à partir du moment où on est déjà engagé, on nous laisse achever notre travail, ce qui nous permettra d'arriver avec une position renforcée dans les constructions métropolitaines.

Mais il est vrai qu’avec cette énorme machine qui va se mettre en place, nous avons intérêt à consolider, marquer des secteurs de notre ville sur lesquels nous voulons maintenir une attention particulière.

Nous continuons à penser, par exemple, qu'il faut garder une certaine maîtrise sur le secteur du Bas-Montreuil et recoudre le tissu urbain, de préférence à la table rase comme cela s'est fait dans d'autres villes ou à une certaine époque à Montreuil, le long de Vincennes et du périphérique.

Nous-Montreuil : au niveau de la densité, combien d'habitants pensez-vous que Montreuil doit avoir dans le futur ?

G. Le Chequer : actuellement la règle du PLU est de 700 logements nouveaux par an. Quand nous sommes arrivés, nous avons affirmé que cette réalité-là n'est plus soutenable. Nous sommes pour une maîtrise de notre densité, pour un échelonnement dans le temps. Nous avons fixé la règle à 550 nouveaux logements par an au maximum.

Nous-Montreuil : à quelle échelle de temps on parle ? Cela fait combien d'habitants ?

G. Le Chequer : si je lâchais tous les verrous aujourd'hui, vous auriez quasiment 3500 logements nouveaux en l'espace de deux ans.

Nous-Montreuil : Montreuil avec 300 000 habitants ou 500 000 habitants est-ce que c'est envisageable ?

G. Le Chequer : c'est intenable, déjà aujourd'hui, avec l'objectif de 700 logements par ans, on arrête, ce n'est plus possible. Ce qui n'est pas tenable, c'est qu’on a densifié à toute vitesse sans derrière créer des espaces de respiration, sans avoir les moyens suffisants pour créer des équipements.

La densification, c’est plus que des chiffres, c’est une perception de qualité de vie. Regardez des images vues du ciel de Paris. Allez dire à un parisien aujourd'hui que sa ville est dense… quand vous vous promenez dans Paris, les gens vivent Paris sans avoir le sentiment de densité.

A Montreuil, on a des poches, des patrimoines à valoriser, par exemple le secteur des murs à pêches. En quoi ce secteur-là ne serait pas un des poumons préservés de la construction métropolitaine ?

Ce que l'on voit, c’est que on peut densifier la ville, mais il faut le faire de manière contrôlée. On ne peut pas aujourd'hui lâcher d'un coup, comme c'était proposé par exemple avec la fameuse OIN sur le trajet du tram, avec 5000 logements d’un coup.

Vous me posez la question de la densification : très clairement, accepter 5000 logements sur le trajet du tram, c'est de la folie furieuse, c'est ce qui avait amené le maire de Montreuil et le maire de Fontenay à taper du poing sur la table. Nous avons aussi proposé à la maire de Romainville de signer cet appel, mais elle n'a pas voulu ; on a compris depuis pourquoi, c'est en lien avec notre affaire des murs à pêches et des ateliers du tramway. Il y a eu un jeu de foncier qui s’est opéré là où aurait pu un moment être le SMR. La maire de Romainville a dit non parce qu'elle prévoyait une opération immobilière.

Nous-Montreuil : est-ce que la ville a les moyens de maîtriser ?

G. Le Chequer : évidemment. Je vais vous donner un exemple très concret : le triangle Faidherbe -Pasteur, qui nous mène juste derrière la mairie. Sur l'ensemble de ce secteur, il y a une dizaine de projets portée par des promoteurs. A un moment la ville dit « là, ce n'est pas possible." Il y a ceux qui jouent le jeu, qui disent « on comprend, on ne va pas plus loin » et il y a ceux qui ne jouent pas le jeu. Nous travaillons alors avec l'établissement public foncier qui peut intervenir pour bloquer un certain nombre d'opérations.

« Quand la grosse machine parisienne se met en marche, ils ne prennent pas forcément de gants »

Nous-Montreuil : l'établissement public foncier a t-il le pouvoir d'arrêter les promoteurs ?

G. Le Chequer : oui, il a le pouvoir de se porter acquéreur à la place des promoteurs. C'est ce qu'on appelle la préemption. Il en a les moyens. Nous avons une convention avec l’EPF qui portait jusqu'à présent essentiellement sur le haut Montreuil, dans le secteur entre l'arrivée du tramway et la Boissière.

Sur le secteur Faidherbe Pasteur, on fait intervenir l'établissement public foncier. On a élargi avec le secteur Boissière Acacia jusqu'à Mozinor et on travaille avec eux sur une identité que l'on donne à ce secteur. Nous pensons que dans ce secteur, nous avons un tissu économique qui reste encore assez fort, structuré entre Mozinor et la rue des Roches. Si on n'est pas fort politiquement, très rapidement, l'ensemble des friches industrielles va muter en tout logement.

Si nous voulons maîtriser la ville, entre l'arrivée du tram d'une part et le secteur de la Boissière d'autre part, il faut maintenir de l'activité. On est à quelques pas de ce qui sera demain le périphérique du Grand Paris, la A86, avec des voies qui nous permettent de continuer à accueillir des entreprises. Si on n'acte pas cette vision dans le PLU, très rapidement, on aura du tout logement.

L'établissement public foncier est un partenaire pour nous. La ville n'a pas les moyens de préempter et ce n'est pas forcément son rôle. On demande alors l'intervention de l’EPF. Ce sont des secteurs entiers qu'il faut qu'on arrive à maîtriser, sinon on se fait imposer des opérations qu'on appelle « One Shot » : des « coups » immobiliers, sans aucune vision urbaine globale.

Il y a un autre secteur sur lequel nous sommes très attentifs. La maire de Paris nous annonce la mise en œuvre du GPRU, le projet de renouvellement urbain de la porte de Montreuil. À ce stade le conseil de Paris a délibéré une méthode de franchissement du périphérique. En gros, ils vont mettre une dalle de béton. J'appelle ça un pont-levis : c'est une avenue qui va raccorder la rue de Paris avec la rue d’Avron. Vous allez avoir une avenue paysagère et deux anneaux dont la vocation est n'est pas définie. Cela va coûter 35 millions de travaux. Les terrains qui sont du côté de Montreuil appartiennent à la ville de Paris et elle veut les vendre. Elle souhaite vendre tout le foncier qu'elle a le long du périphérique.

Nous avons discuté avec la maire du 20e : "là vous faites le franchissement de la porte de Montreuil, est-ce qu'on se retrouve avec un front bâti de bureaux sans aucune plus-value et sans aucun intérêt citoyen, ou est-ce qu'on prévoit des équipements, des aménagements, comment on fait la porosité entre Montreuil et Paris ? "

On a convenu avec la mairie du 20e d'organiser, à partir du mois d'octobre-novembre, des réunions inter quartier entre les quartiers du Bas-Montreuil et les quartiers du 20e pour être force de proposition. Quand l'énorme machine parisienne se met en marche, ils ne prennent pas forcément de gants.

Toujours est-il que c'est plutôt une bonne nouvelle, puisque après plus de 20 ans, on s'attaque à l'aménagement de la porte de Montreuil. Nous devrons travailler sur la rue de Paris, avec la ZAC de la Fraternité, qui est l'un des projets importants d'aménagements sur le secteur et le travail engagé de longue haleine sur la Croix de Chavaux.

Nous-Montreuil : et les puces ?

G. Le Chequer : les puces sont à l'intérieur. On peut imaginer une coque avec des hauteurs sous plafond très élevées et les puces à l'intérieur de cette coque, avec une constructibilité légère au dessus.

 

Le SMR (Site de Maintenance et de Remisage des rames de la RATP)

« le secteur des murs à pêches ne peut pas et ne peut plus être perçu par l'ensemble des acteurs comme une réserve foncière potentielle et sempiternelle »

Nous-Montreuil : pour le SMR, il y a d'autres endroits à part Romainville. Il y a Bobigny aussi.

G. Le Chequer : à Bobigny il y en a un SMR de prévu, mais il doit bien avoir un autre à Montreuil. Celui de Bobigny ne remplace pas celui de Montreuil.

Le SMR a toujours été prévu à Montreuil, depuis longtemps, sur le secteur des Rufins. En 2002, il était inscrit en l'état de la RATP.

En 2008, la ville décide de faire un parc aquatique. Pour réaliser ce parc aquatique sur du foncier qui appartenait au département, la ville a cédé au département un autre foncier où ils font le collège. A partir de ce moment, en 2008, le site de remisage SMR, prévu au départ à la place de la future piscine, rend obsolète ce site alors qu'il était le moins contraignant, le moins coûteux et techniquement le plus simple.

La RATP demande à la ville une autre proposition pour remplacer le site de la piscine. La ville propose trois sites sur son territoire, mais deux s'avèrent totalement impossibles : une ancienne usine en haut de la rue Pierre de Montreuil, à côté derrière le campement de la MOUS Rom et une ancienne usine EIF de l'autre côté du parc aquatique. Il y avait aussi Romainville, mais il y a eu un veto d'emblée de la maire. Finalement, le bureau municipal de Montreuil vote en 2009 l'emprise du SMR actuel sur la bretelle à côté de la bretelle d'autoroute.

Nous-Montreuil : il y a aussi le site de Noisy-le-Sec.

G. Le Chequer : il n'est pas inclus dans les propositions et les études n'ont pas été faites. Nous menons une bataille et disons, « il y a des options qui ont été prises et elles ont des conséquences ».

Nous-Montreuil : peut-on construire le SMR en sous-sol ?

G. Le Chequer : ils ne peuvent pas le mettre en sous-sol. Ils peuvent construire dessus.

Mais en réalité, c'est quoi le SMR ? Tel qu'il est prévu, c'est un mur d'enceinte et des rails à l'intérieur. C'est-à-dire que vous allez avoir un mur sans aucun intérêt. Nous pouvons exiger qu’il y ait un bâtiment avec de la vie, des gens, des bureaux, des commerces ; mais pour l’instant c'est un mur.

Des décisions ont été prises par le passé, plutôt économiques que patrimoniales, on ne va pas polémiquer, mais je rappelle chacun à ses responsabilités.

Nous avons un secteur et nous voulons le préserver. À partir du moment où vous avez un SMR qui a un impact sur l'ensemble de l'environnement dans lequel il se situe, on voit quelle contrepartie on peut tirer et dire aux partenaires, agglo, département, à terme le Grand Paris : « le secteur des murs à pêches, c'est un lieu sur lequel il faut qu'on "sanctuarise" ».

Et là, je rejoins l'interpellation du conseil de quartier Signac, qui a évoqué la possibilité d'un GIE, un Groupement d'Intérêt Économique.

On sait très bien que la préservation du site des murs à pêches et la rénovation de l'ensemble des murs à pêches, pour la ville de Montreuil toute seule, c'est impossible financièrement, ce n'est pas tenable. Mais, si on travaille conjointement, en amenant nos partenaires publics déjà, à dire : "c'est un site patrimonial important" et que derrière on utilise le levier des institutions municipales avec les institutions publiques, avec la ville en chef de file, région, département, Agglo de l'autre, et que l’on fait le lobbying nécessaire pour aller, par exemple, déposer des dossiers auprès de l'Union Européenne, obtenir des subventions, travailler à la réhabilitation des murs, consolider les associations qui constituent la colonne vertébrale de ce secteur-là, nous pensons que c'est vers ça qu'il faut qu'on tende.

Nous-Montreuil : donc le SMR sera quand même là ?

G. Le Chequer : aujourd'hui, nous avons bloqué la vente des terrains à la RATP. Nous avons dit "Nous voulons y voir clair dans cette affaire, nous voulons étudier toutes les marges de manœuvre qui sont les nôtres ». Aujourd'hui, ce qui apparaît, c'est que les décisions, l'implantation du SMR là où il est acté depuis 2008, et toutes les études qui ont été faites depuis 2008, font qu’aucune autre hypothèse, celle de Romainville ayant été balayée à l'époque, aucune autre hypothèse dans un calendrier qui nous permettrait de ne pas mettre en cause le tramway n'a été travaillée à ce jour.

Il y a aussi l'impact environnemental d'un équipement comme celui-là. On a beau l'insérer, quand vous descendez du tram, il y a une station juste devant Mozinor, soit vous avez "Bienvenue sur les murs à pêches", soit vous avez un mur, celui du SMR.

Donc, on a bloqué la vente des terrains, ce qui a provoqué une réaction. Ça ne peut pas être qu'une affaire de Montreuil, il faut que ce soit une problématique partagée par l'ensemble.

In fine, de toute façon le permis de construire ce n'est pas la ville qui va le délivrer, c'est l'État. C'est directement le préfet qui délivre le permis de construire, c'est-à-dire que quelque part, il y a une situation d'intérêt collectif. Le tram, on l'attend depuis longtemps. Il y a plus de 20 ans, il y avait une « Une » dans le journal Montreuil-Dépêche à l'époque qui disait "le tram arrive"…

Nous-Montreuil : qu'est-ce qu'on peut encore espérer ?

G. Le Chequer : il faut qu'on amène l'ensemble de nos partenaires à se dire qu’un bâtiment ou une réalisation comme ça, ça a un impact au-delà de l'emprise du SMR. Donc comment faire en sorte que nos secteurs des murs à pêches soit préservé de toute futures interventions ?

Des « rapports de force » sont en train de s'établir avec le département. On a posé un certain nombre de propositions et tant que ça c'est pas réglé on ne bougera pas.

Il faut amener l'ensemble des partenaires à dire que le secteur des murs à pêches est un bien patrimonial qu'il faut préserver. Il faut se battre et obtenir des garanties. Mettez-vous à la place des Tsiganes, on va les voir demain matin leur dire « on a vendu nos parcelles ». Eux : "on y vit"...

L'avantage qu'on a aujourd'hui par rapport au passé, c’est que nous avons à la vice-présidence de l’environnement à l'agglo Mireille Alphonse et au département Bellaïde Bédredine. On va utiliser ces leviers politiques pour sanctuariser ce secteur. Ces dernières années on a eu le parc aquatique, le collège, le SMR, la maison de retraite. On voit bien que si un moment, on ne dit pas STOP, ça restera une réserve foncière.

L'avenir des murs à pêches ne doit plus être une affaire strictement montreuilloise. Evidemment, c'est notre ADN, mais il faut que ce soit partagé.

On a besoin d’espaces de respiration à l'échelle de Montreuil et du territoire et de la métropole, si nous ne les fléchons pas, si nous ne les valorisons pas, on les perdra.

Nous-Montreuil : ces ateliers sont au milieu de la ville de Montreuil et la dénaturent.

G. Le Chequer :c'est intéressant ce que vous dites. Je pense que effectivement, progressivement, le centre de gravité bascule. On parlait tout à l'heure de l'axe porte de Montreuil, Croix de Chavaux, Stalingrad, on a un axe qui va avec tous les projets de renouvellement urbain sur le secteur de La Noue et on a un axe très fort qui nous conduit ici : Mozinor, zone d'activité importante. Il faut être très attentif à l'évolution de ce secteur : soit c'est du tout logement, soit on y maintient de l'activité.

Le périphérique métropolitain est donc là, il va y avoir de l'intérêt à préserver de l'activité dans tout ce secteur.

« On prend le temps de travailler sur un plan guide participatif »

Nous-Montreuil : Quelle place pour les habitants dans les projets futurs ?

G. Le Chequer : nous aurions pu lancer un concours d'architectes et dire « Inventez nous la Croix de Chavaux de demain », nous aurions fait comme d'autres villes et en l'espace de trois ans : livrer le terrain à des promoteurs, à des architectes qui vont penser le projet à notre place.

Dans la démarche que nous avons souhaité engager, nous prenons le temps de travailler sur un plan guide participatif. Nous allons travailler une maîtrise d'ouvrage avec les habitants : quels espaces publics, quelles évolutions urbaines sur le secteur de la Croix de Chavaux.

Repenser les espaces publics pose évidemment très rapidement des questions de maîtrise foncière. Nous allons travailler sur un schéma d'aménagement de l'ensemble de la Croix de Chavaux qui va du marché jusqu'au marché forain. Il faut faire vite, car le marché forain veut vendre ; quelqu'un veut acheter l'ancienne usine Chapal…

« Si on ne maîtrise pas, on aura du tout logement partout »

Nous-Montreuil : comment peut-on maîtriser cela ?

G. Le Chequer : nous avons dans le PLU un périmètre d'étude. Quand un promoteur nous dit « J'ai une opportunité», mais que nous avons un périmètre d'étude, ça nous permet de bloquer les projets ! Ça permet de protéger.

Quand on regarde la Croix de Chavaux, par rapport à la place de Montreuil dans la métropole, nous avons un axe très important : porte de Montreuil, Croix de Chavaux, Gabriel Péri avec notre entrée de ville côté Fontenay. Pour tout ce secteur-là, il faut une vision du territoire. Nous venons de l'obtenir d'Est Ensemble, même si Montreuil se situe tout au bout d’Est Ensemble.

Mais nous avons une vraie logique à travailler avec le maire de Rosny. La frontière entre notre ville et la ville de Rosny est immense. Idem avec la ville de Fontenay, la ville de Saint-Mandé et la ville de Vincennes. Nous nous sommes pourtant rattachés à une intercommunalité plutôt tournée vers Pantin et le canal de l'Ourcq, où les problématiques ne sont pas tout à fait semblables aux nôtres. Toujours est-il que la réalité est celle-là et notre volonté est maintenant de peser à Est Ensemble plutôt que de se laisser imposer les choses.

Par exemple, nous nous sommes « battus » pour le projet urbain à Est Ensemble, dans la perspective du Grand Paris. Le projet urbain n'a pas de valeur légale à proprement parler, mais c'est une sorte de projet qui sera une contribution d'Est Ensemble à la construction métropolitaine, et nous, sur ce secteur rue Stalingrad Fontenay, nous avons un secteur à enjeu, avec beaucoup d'entreprises qui sont en train de muter : le long de Gabriel Péri, de Stalingrad, SOS cintre, tout ce front avec des locaux d'entrepôts, l'école Danton… si nous ne maîtrisons pas, nous aurons du tout logement partout.

L’usage de la ville au quotidien

« Vous êtes comme en Espagne ou en Italie, avec une petite venelle en plein cœur d'un secteur qui est très dense, très vivant »

Nous-Montreuil : pouvons-nous parler des squares de proximité ?

G. Le Chequer : nous maintenons des espaces verts. Nous sommes en train de travailler sur la ZAC de la Fraternité. Au cœur de cet îlot là, nous avons une ancienne scierie à bois, au 258 rue de Paris. Quand j'ai découvert ce lieu, j’ai pensé soit on fait table rase, soit nous le gardons et le revalorisons, nous redonnons donc vie à ces éléments de notre patrimoine. Cette scierie à bois, nous allons la visiter avec un arpentage, îlot par îlot avec les habitants. In situ c'est mieux que devant une carte...

Les Halles Decaux pareil. Quand on y va, on ne voit pas, mais quand on est à l'intérieur, c'est un lieu extraordinaire. Nous sommes en train de travailler avec l'architecte coordinateur de la ZAC pour maintenir les Halles Decaux et les faire évoluer en école de formation aux métiers de l'informatique, car nous avons des demandes dans ce secteur-là.

C'est à la fois la question des espaces verts et aussi comment créer des porosités dans le tissu urbain, des lieux de vie et lieux de respiration. Il y un autre lieu extraordinaire, au 198 rue de Paris, le passage Volpeulié, c'est vraiment un autre monde. Côté rue on a un petit porche et ensuite à l'intérieur, il y a ces arbres verts, avec une venelle qui débouche maintenant sur un garage. Avec l'établissement public foncier nous allons ré-ouvrir du côté Étienne Marcel. Vous aurez un passage. Vous êtes comme en Espagne ou en Italie, avec une petite venelle en plein cœur d'un secteur qui est très dense, très vivant. L'idée, c'est ce que le passage Volpeulié soit sanctuarisé, c'est à dire qu'on maintienne ses petits immeubles R +2, un peu comme la petite opération qui avait eu lieu rue Victor Hugo avec Frehat. Elle part de la rue Victor Hugo et elle recommunique avec le boulevard Rouget de Lisle. Actuellement c'est fermé, mais ce sera ouvert.

Nous avons demandé à l'architecte que ce soit ouvert, mais nous ne pouvons pas ouvrir partout parce qu'à certains moments vous vous retrouvez avec des passages qui donnent de la porosité, mais quand vous êtes sur des passages avec de l'habitation ou de l'activité on sait plus bien les statuts de ce passage : est-ce qu’il est public, entretenu par la ville ou est-ce que c'est un passage privé où les gens ne veulent pas qu'il y ait du passage au quotidien. Il y a eu comme cela une opération "les céramiques" dans le Bas-Montreuil, secteur rue Bobillot, il était question de faire une venelle, mais les habitants qui vivent à l'intérieur de l'îlot, ne voulaient pas voir les gens passer devant chez eux. La tendance est plutôt de refermer. Il faut bien réfléchir quand on crée ces espaces là.

« Je suis favorable à la densification urbaine mais il faut qu'elle soit maîtrisée. »

G. Le Chequer : Cela met 2 ans pour faire la révision générale du PLU, c'est la procédure. On a déjà pris un certain nombre d'actes avant, puisqu'il y a des problèmes identifiés sur notre PLU actuel, sur les questions des hauteurs, sur les questions des bonus de constructibilité. Dans certains quartiers, si vous mettez de l'activité en pied d'immeuble ou un toit végétalisé, vous aviez le droit de construire deux étages supplémentaires.

Sur une petite parcelle pas très loin de La Noue, quartier pavillonnaire, rue de la Capsulerie, on se retrouve avec une de toute petite parcelle en lanières et trois plots en R +4. L'opération en elle-même, isolée de son environnement, est belle, mais comment l’insérer dans le tissu urbain ?

Je suis favorable à la densification urbaine mais il faut qu'elle soit maîtrisée. Dans un quartier pavillonnaire, on est capable d'intervenir dans une parcelle sur laquelle il y a un pavillon. Progressivement, nous arrivons aux mêmes objectifs de répondre aux besoins de logements, mais dans le temps, et en respectant un environnement donné.

Nous faisons d'abord une modification du PLU, au mois de septembre, avec une enquête publique qui va être engagée, et cette modification du PLU sera complétée par ce que nous appelons l'inventaire patrimonial. En annexe du PLU, vous avez un certain nombre de sites qui sont identifiés, une étoile, deux étoiles, trois étoiles, en fonction de leur caractère patrimonial, de leur intérêt...

Nous-Montreuil : est-ce que les habitants seront invités justement à proposer ces sites ?

G. Le Chequer : c'est mon souhait. Nous nous engageons dans le cadre de la modification pour envoyer un signal. Parfois c'est le mur d'une maison ou d'un ancien atelier, donc dans l’opération immobilière, on maintient une façade, on maintient un mur. C'est vrai que ça pose des contraintes aux promoteurs mais j'ai tendance à penser que, notamment pour des gros promoteurs, ce n'est pas un obstacle, ils sont capables de faire, et notamment au travers de notre Charte de construction durable, ceux qui vont accepter de jouer le jeu avec nous...

Nous, nous sommes là pour défendre les intérêts de notre ville, les intérêts de la population, valoriser la richesse de notre territoire. Eux, sont là pour faire tourner leur boîte, pour créer de l'emploi, pour faire du business. Si les promoteurs rentrent dans nos règles, je suis persuadée que in fine ils s'y retrouveront aussi et ils seront en capacité de faire des réalisations plutôt intéressantes.

Les transports doux

« quand on est dans le haut Montreuil, on est obligé d’avoir une voiture »

Nous-Montreuil : qu’en est-il de la navette municipale dont il a été question pendant la campagne, pour faire la jonction entre le haut et le bas de Montreuil ?

G. Le Chequer : c’est Catherine Pilon qui suit les mobilités. Le développement d'un réseau de transport avec les navettes CCAS a été acté. Nous avions eu l'expérience des Tacos qui avaient un public assez peu nombreux. Il y avait un vrai besoin mais qui peut être compensé par les navettes CCAS. Il y a un travail, à ma connaissance, qui est engagée avec Catherine, Olivier Sterne, avec notamment la RATP, parce qu'il y a une logique d'avoir des dessertes plus rapides entre le centre-ville et le haut Montreuil.

Nous-Montreuil : et les pistes cyclables ?

G. Le Chequer :il y a une volonté sur les transports, avec la mise en place d'Autolib. Ça fait l'objet de débats parce que ça prend de la place sur l'espace public. C'est aussi un coût pour la collectivité. Je pense que sur ces questions-là, il y a vrai débat que l'on aura au moment du PLU. Sur les questions liées sur les problématiques de circulation et de stationnement, je suis incroyablement surpris à chaque fois que je vais dans des réunions de quartier pour des projets d'aménagement, au bout d'un quart d'heure, j’entends « Oui mais le stationnement ? Oui mais la circulation ?». C'est-à-dire que l'essentiel de l'impact de la densification pour la population est ressenti au travers de la saturation de circulation et du stationnement. Par exemple, à Villiers Barbusse, on voulait réaménager la rue du Moulin à Vent et quand vous dites aux habitants « Nous allons faire un joli aménagement, agrandir des trottoirs etc., et il restera 17 places de stationnement sur 30 », alors les gens crient « c'est pas possible parce que le quartier est en saturation complète ». C'est une source de conflits et de mésusages sur l'ensemble de l'espace public. Dans le PLU on va devoir avoir vraiment un débat.

Ma position est similaire à celle de mon camarade d'écologie les Verts : il faut amener, encourager les gens à utiliser de moins en moins leur voiture sauf dans le haut Montreuil, où on est obligé d’avoir une voiture.

Nous-Montreuil : encore une question, par rapport à la place des Biffins dans la ville. Que devient la convention qui leur permet de vendre leurs marchandises au Marché de la Croix de Chavaux ?

G. Le Chequer : certains les repoussent, ailleurs c'est d'ailleurs ce qu'a fait Bagnolet. A Montreuil, nous avons une convention avec l'association des biffins. Les biffins sont toujours là. Actuellement, on réfléchit : est-ce qu’on la maintient en l'état ? Ou est-ce qu'on cherche une évolution ?

Dans le même temps, on se retrouve avec une situation dans le secteur du bas Montreuil qui devient insoutenable pour les Biffins mêmes, parce qu'ils se retrouvent parqués dans des conditions qui ne sont pas acceptables ni pour eux, ni pour les habitants du quartier.

Les squares de proximité

Nous-Montreuil : il y a des squares qui sont fermés : Dulcie September, le square Casanova, le square lié à l'école avenue de la Résistance est fermé le week-end… Avoir des squares, et que les mères soient devant la porte avec leurs enfants sans pouvoir y entrer, c'est quand même étonnant.

G. Le Chequer : Dulcie September est fermé depuis des années et le passage entre la rue du capitaine Dreyfus et el Bd Rouget de Lisle a été fermé car on a eu ces derniers temps quelques difficultés avec quelques marginaux qui venaient s'alcooliser. Ça repose la question des passages et des venelles dont on parlait.

Nous-Montreuil : les marginaux existent de toute façon. Du coup on barricade tout ?

G. Le Chequer : on est d'accord, ça repose la question du statut de ses passages, ces passages deviennent des lieux d'incivilités.

Nous-Montreuil : si on ne fait rien pour les marginaux on les repousse tout le temps. Il n'y a même pas de pissotière...

G. Le Chequer : vous allez en avoir une, juste à côté de la mairie.

Nous-Montreuil : même le jardin de l'école de la Résistance Zéphyrotte, qui a été vendu comme étant restant un espace public, finalement est fermé.

G. Le Chequer : probablement il faut qu'on y revienne, il faudra qu'on regarde. Cela fait parti des choses à discuter...

Nous-Montreuil : on a besoins de plus d’espaces verts parce qu’il y a de plus en plus de gens qui viennent à Montreuil.

G. Le Chequer : Ils viennent à proximité de là où le travail est. Je suis dubitatif face à ces grandes zones de type Eurodisney, ces nouvelles villes qui s'étalent. Ce sont des zones pavillonnaires entières. On a rasé des forêts entières pour des gens qui font généralement des allers-retours Paris banlieue, avec deux voitures, une pour Monsieur, une pour Madame.

Je préfère dire qu’on peut densifier. Je pense que c'est un véritable enjeu. Quelle sera l'évolution de la population dans les 30-40 années qui viennent ? Est-ce qu‘on sera sur le même rythme, avec la même proportion d'enfants que l'on a aujourd'hui, ou est-ce que ça sera un rythme plus léger ?

Propos recueillis par Sylvie Rabie et Jeanne Studer

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