Déchet ? Ordure ? Poubelle la vie ?

Par Gérard Bertolini, « déchéticien », Directeur de Recherche au Centre National de la recherche scientifique, pour l'association AMELIOR

Ce qui est communément appelé « déchet » n’est qu’un « rebut » dont le devenir est incertain : déchet ou ressource ?

C’est un peut(-)être. Comme l’a dit avant moi Huguette Bouchardeau, alors Secrétaire d’Etat à l’environnement (dans la préface du Catalogue associé à l’exposition « Déchets : l’art d’accommoder les restes » organisée par le Centre Georges Pompidou en 1983), le déchet absolu –c’est-à-dire qui ne peut servir à qui que ce soit, où que ce soit, quand que ce soit- n’existe pas. « Les déchets ne sont souvent que la manifestation de notre gaspillage ». Le déchet des uns peut ainsi faire la fortune d’autres, ... pour le moins l’affaire, voire la survie d’autres moins fortunés.


Le déchet, ou plutôt le rebut, s’inscrit trop souvent sur le registre de l’obscène, c’est-à-dire de ce qu’on ne doit pas montrer, selon un code bourgeois de bienséance. Il fait figure de « non-moi », alors qu’il est encore un « moi », renié, refoulé dans l’inconscient.

Il s’inscrit souvent dans les marges, mais –ainsi que l’a montré Jean Gouhier, géographe de l’université du Mans- la marge peut être féconde. Comment passer du rejet au projet ? C’est ce qu’AMELIOR entend concrétiser en prolongeant la vie des objets récupérés, en leur donnant une seconde chance.

On peut rappeler que le premier arrêté du préfet Poubelle, de novembre 1883, dans son article 7, visait à interdire le chiffonnage, mais, suite aux véhémentes protestations des biffins, soutenus par des journalistes et des politiques (« Poubelle affame les chiffonniers »), un nouvel arrêté, de mars 1884, a modifié cet article, autorisant le triage par les biffins.

Les biffins font trop souvent l’objet de brimades et de tracasseries administratives, alors qu’ils jouent un rôle positif à la fois aux plans social, culturel, économique et environnemental ; réduction du flux de déchets à collecter et éliminer par la municipalité, ainsi que des dépenses sociales, par une double récupération : celle d’objets rebutés et celle d’individus en marge d’une société polissée et inégalitaire qui, selon les lois du marché, exclut une part croissante de population. Ne méritent-ils pas d’être aidés, plutôt que d’être pourchassés ? AMELIOR démontre une capacité d’organisation pour structurer ce mouvement social.

Le marché des biffins de Montreuil m’est apparu comme une manifestation alliant l’économique, le social, le convivial et une certaine culture, du non-gaspillage, du réemploi, de l’échange et de l’entraide. Les jours de marchés, ce qui n’a pas été vendu ou repris est mis à disposition de tout un chacun, suivant une économie du don ; en toute fin, le reste du reste (faute de temps et de moyens humains, pour retrier encore) est chargé par les biffins eux-mêmes, pour faire place nette. Ce reste du reste pourrait en effet encore être retrié et valorisé,... jusqu’au zéro déchet ?

Pour finir (mais l’histoire du déchet est en réalité une histoire sans fin, celle d’un et caetera), je reprends le fil d’Huguette : « Pourquoi ne pas rêver d’une société sans déchet,...d’une société ou rien, ni personne, ne serait résiduel...N’est-ce pas un horizon vers lequel il faudrait s’efforcer d’aller ? ».

                                                                                                                          Gérard Bertolini

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