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J'ai rencontré Rosalie devant le magasin d'Emmaus, rue Capitaine Dreyfus à Montreuil.
Elle peignait des motifs sur des habits qu'elle avait confectionnés à partir d'habits délaissés.
La beauté et la créativité de ces motif m'a impressionnée. J'ai pu m’entretenir avec elle et découvrir ainsi le cheminement de son parcours.

Comment es-tu devenue artiste ?
Ça m'est venu naturellement parce que ma mère était peintre et artisan d'art, elle faisait de la peinture sur soie.
Quand j'étais petite, je la voyais créer au quotidien. C'est ce qui m'a donné envie d'être artiste moi aussi.
Cela donne la pêche quand on sait ce qu'on doit faire. On fonce. On n'a rien à perdre finalement.

Dès le lycée j'ai suivi la section dessin. Nous suivions des cours de beaux-art, de la gravure, des croquis de modèle vivant, de la sculpture, et de la photo, pendant plusieurs années.
J'ai voulu quitter ma région et venir à Paris où je suis rentrée dans une Ecole d'Art appliquée. J'ai ainsi appris une méthodologie, mais dans ce domaine de l'art, c'est avant tout une histoire d'identité : on a besoin de s'écouter, on n'est pas tous modelables de la même manière quand on s'engage.

Le recyclage ?
Mes parents et moi, habitions à côté d'une décharge publique qui avait dépassé sa date de fonctionnement depuis longtemps mais qui continuait à tourner. Ça nuisait beaucoup aux habitants. Des odeurs affreuses. On était obligé de calfeutrer les fenêtres pour supporter l'odeur. Ma mère avait des migraines tout le temps. Ce sont des nuisances qu'on ne peut maîtriser, et quand en plus, on a conscience de la pollution, on est encore plus révoltée.
J'allais manifester à douze ans en bottes de caoutchouc sur la décharge publique avec cinq habitants du village, les autres gens ne se sentaient pas trop impliqués.
Au bout de plusieurs années, cette décharge a fini par être fermée, parce que ça polluait les nappes phréatiques et nuisait aux cultivateur-bio.

Plus tard, lorsque j'étais étudiante, je faisais de la récup pour manger, sur les marchés, les super-marchés, les invendus, dans les poubelles. Je  me suis aperçue que dans les poubelles, on trouvait plein de trucs. C'est incroyable !
Instinctivement, dans les arts plastiques, j'ai travaillé la récup, avec des trucs qu'on détourne. Dans cet esprit-là, j'ai commencé à avoir du matériel, à être sensible à tout ce que je trouvais, et à créer avec.

Comment es-tu devenue costumière ?
J'ai été touchée par le tissus, inconsciemment, sans doute parce que ma mère travaillait la soie, même si je me voyais plus dans la peinture et les arts plastiques
Au cours de mes études, j'ai choisi le textile (BTS textile, design et environnement), parce que j'avais l'impression qu'on peut expérimenter la matière, être dans une liberté, où on cherche des choses, des matières, des couleurs, ce n'est pas la couture, c'est quelque chose proche de la peinture. On conçoit la mode, on crée des motifs pour les tissus.
J'avais fait mon  stage de spécialisation avec une compagnie de théâtre de rue, je me suis proposée pour être costumière.
J'avais appris la couture toute seule en étant étudiante : je démontais des vêtements, et je regardais comment c'était fait -je n'ai jamais pris de cours de couture. Maintenant j'en donne.

Après mes études, j'avais envie d'aller dans la vie et de rencontrer des personnes. Cette dimension vivante de l'art m'intéressait. Je ne voulais pas être isolée, travailler mon art en solitaire comme certains le font.

As-tu plusieurs modes d'expression artistique ?
Je suis partie des arts plastiques. A l'école, j'apprenais l'Art Appliqué, l'industrie, des articles pour la vie courante. On nous apprenait à réfléchir sur des produits, à être concepteur de tout : une tasse, une table, la télé, les films. On nous faisait travailler notre art pour en faire de la consommation, je ne fonctionnais pas comme ça. Je n'avais pas ces bases-là, dans mes principes. Ça m'a rebutée.
J'ai alors fait des choix et j'ai commencé par me tourner vers le cirque et le jonglage. J'ai découvert ce milieu avec curiosité. 
Après mes études, je me suis retrouvée dans un milieu de débrouille comme beaucoup d’artistes. J'ai participé à pas mal de lieux collectifs qui étaient squattés, et ce, pendant plusieurs années.

Les rencontres
Quand j'ai été dans les squats, j'ai rencontré énormément de gens. Ces lieux génèrent une grande  synergie.
J'ai passé un grand nombre de soirées interminables où on rencontre des artistes, des gens qui viennent sur des scènes ouvertes, qui sortent de nulle part. Ils arrivent, et soit, ils disent ce qu'ils ont à dire, soit ils ont une pratique et font de petits spectacles. On apprend et on voit des tas choses extrêmement riches, on voit plein de mouvements. C'était vraiment bien parce que ça m'a nourrie
Ce n'est pas une personne en particulier, c'est plutôt une dynamique, qui crée une curiosité, un éveil. On se bouge par ce qu'on sait que ça ne durera pas. Si on rencontre des artistes, une personne avec qui on a des affinités, on va tout de suite faire quelque chose ensemble. C'est très spontané, parce qu'on sait qu'on ne va pas se revoir. Cette dynamique m'a beaucoup apporté.
Ce sont des environnements riches qui stimulent l'imaginaire, la créativité, l'action, et qui permettent de faire les choses, on n'a rien à perdre, on y va, on fonce. et je me suis retrouvée dans des projets complètement fous : on part à dix sept en Italie en avion, avec nos moyens, on s'autofinance en général. L'omniprésence de la mouvance anarchiste veut qu'on se prenne en main pour réaliser ce qu'on souhaite, si ce n'est pas possible de manière légale ou "normale", ou on crée soi-même une solution qui ne nuise pas aux autres.
Quand on a besoin de créer, et qu'on est jeune, c'est le moment, on a l'énergie, on préfère se lancer de cette manière, plutôt que d'attendre et d'espérer quelque chose de plus stable, c'est un peu l'aventure.
Il n'y a pas longtemps, je me suis rappelée que lorsqu'on me demandait ce que je voulais faire quand j'étais enfant , je répondais "aventurière, archéologue."  L'autre jour j'ai pensé : j'y suis un peu, aventurière.... Ce que je vis est incertain, je vais vers quelque chose que je ne connais pas. J'y vais quand même, c'est comme ça que je crée mon parcours, ma propre dynamique et ma propre créativité. Archéologue aussi finalement : je fouille et recherche des objets, je les trouve, les observe, les étudie et leur redonne un sens, pratique, éthique, esthétique.

Tes expériences ?
J'ai travaillé beaucoup avec des enfants, les arts plastiques, la créativité. L'idée est de leur faire découvrir des choses qui leur donnent confiance en eux, car quand on a confiance en soi, on fait de meilleurs choix, et on est plus juste avec soi-même. J'ai travaillé avec eux, une spécialisation "cirque", art du cirque, le mouvement et l'expression corporelle, et les arts plastiques. J'ai toujours mixé les deux.
Depuis deux ans, je donne de petits stages, des cours un peu plus poussés que l'animation. J'essaie d'aborder un sujet, éveiller des questionnements chez l'enfant, même inconscients, faire en sorte qu'ils soient moins bloqués que nous, qu'ils se libèrent et que, par conséquent l'avenir se libère.
Par ailleurs, j’expose régulièrement des créations plus libres, des installations en extérieur, relevant davantage des arts plastiques.
Je crée aussi des décors et costumes pour les Arts vivants et développe un artisanat autour du recyclage et du vêtement peint avec pour principe la « Mise-en-œuvre ».

La Maison de la Plage
Ma première expérience importante après mes études, c'est la rue Dénoyez à Belleville.
Il s’agissait d’un squat, une maisonnette "la Maison de la Plage" où j’ai rencontrée Marie, une artiste qui travaille la mosaïque et réalise des portraits à partir de photos numériques, montées en collages. Son approche populaire et poétique me parlait.
Elle m'a dit "Viens ! Tu n'as qu'à essayer de faire ton atelier, et on verra si ça marche". Au départ, ça pouvait durer deux semaines, et puis plus de 5 ans après, j'étais encore là.
Dans ce lieu, nous avons créé beaucoup  d'événements pour insuffler une dynamique à la vie de la rue, afin que les  personnes se fréquentent et ne restent pas isolées.
Il y avait beaucoup de trafics avant dans cette rue. Les ateliers d'artistes y ont été introduits avec l'idée de désarçonner ce trafic. Ça s'est fait tout seul, sans vouloir imposer des choses, ni une stratégie planifiée à l'avance, parce que l'art propose quelque chose d'universel. Je le vois quand je fais des expos. Je reçois un regard curieux aussi bien des gens de toutes les populations possibles, de tous les corps de métiers. L'art enlève les frontières; quand on rassemble des gens autour d'un propos artistique, on parle d'humain à humain.

En tant que squatteur, on est dans une position un peu particulière et on peut être le porte-parole de choses qu'on entend et être acteurs dans le sens où on va encourager les gens à se prendre en main pour créer des actions qui vont améliorer leur quotidien.
Nous avons créé beaucoup d'événements avec les habitants : des ateliers de découverte "cré-active" et construits des projets. Nous faisions un petit événement comme un repas de quartier où on occupe la rue une journée, nous faisions des déco, nous emmenions les gens avec nous. Nous voulions vivre l'événement au quotidien avec eux et ça a marché.
Progressivement, nous avons eu le soutien de la Mairie de Paris et nous avons fini par être légalisés.

Nous avons participé également au concours des "façades vertes" de Paris : "Qui a la plus belle façade fleurie?"  Il suffisait de prendre une photo, se présenter, dire comment on s'y était pris et il y avait un vote. Les habitants nous ont apporté leurs plantes. La rue était peinte par des graffeurs qui venaient la repeindre tout le temps. Ce n'était pas une ambiance banale.
Nous avons gagné le concours de la mairie de Paris. Le plus drôle, c'était qu'on était un squat et en procès avec eux. C'est une situation peu courante qui questionne. Si on nous donnait le prix, c'est qu'ils ne nous jugeaient pas de façon négative.

Après avoir gagné ce concours des façades vertes, nous avons commencé à servir d'intermédiaires entre les habitants et la municipalité : "On aime bien la verdure, on voudrait qu'il y ait plus d'espaces verts. Est-ce que vous pouvez demander à la mairie de faire quelque chose ?"
Les services de la mairie ne pouvaient pas s’en occuper : ils nous ont proposé d’écrire un projet et de le leur soumettre. Par la suite, ils nous ont soutenu matériellement et permis d'installer de grands pots en mosaïque fait par les habitants dans plusieurs ateliers. Actuellement, ce sont de petits jardins qui appartiennent aux personnes et dont elles s'occupent elles-mêmes.
Ce qui nous a intéressé aussi dans cette action : assouplir la frontière entre privé et public, comme nous le faisons aussi quand nous squattons. Privé/public, du coup ça devient un peu fou, cette frontière. Dans un squat personne n'est chez soi et tout le monde y est d'une certaine manière. 
C'est une expérience qui m'a beaucoup marqué et beaucoup apporté, parce que nous avons réussi à vivre un moment artistique avec des gens qui n'avaient jamais fait ça.

Dans quelles occasions as-tu exercé le métier de costumière ?
En général, je réponds à des commandes, pour des artistes indépendants, de petites compagnies.

Depuis 2008, j’échange avec une danseuse argentine de butoh. Je réalise ses costumes de scène en échange de la découverte de la danse.
Au moment où je l'ai rencontrée, je faisais une série de peintures sur les métamorphoses, et j'avais envie de les faire évoluer vers une peinture corporelle ou gestuelle. L’approche de Lorna Lawrie m’a plu.
Le butoh est une danse bien particulière, apparue au Japon après les bombes nucléaires d'Hiroshima et de Nagasaki.  Cette danse symbolise la renaissance après la mort qui environne tout, elle symbolise aussi la bataille de l'humain.
Ce n'est pas une danse chorégraphiée, on ne l'apprend pas. Elle est contemporaine créée par la population, elle a un ancrage dans des rites anciens et elle est en même temps très récente.
L'ancrage vient d'une philosophie très profonde : les danses se faisaient d'abord dans la rue, dans la forêt, en procession traditionnelle populaire, et puis comme c'est une danse très libre, -chacun a son butoh-, c'est vraiment l'expression de la personne qui essaie d'explorer, de sentir des choses, ça donne des danses abstraites, très particulières.

Je n'ai toujours pas de stabilité. Je ne réfléchis pas comme cette société-là. J'accorde énormément d'importance aux gens que je rencontre et à ce qu'on peut créer ensemble, à ce qu'on vit et non à ce qu'on a.
J'ai fait des tas de trucs par goût de l'aventure et la volonté de vivre quelque chose avec des gens avec lesquels je sentais qu'il pouvait se passer quelque chose d'intéressant.
C'est créer qui est important, quand on ouvre sa perception à la création, à son expression, peu importe le médium.
On apprend à force de faire, je crois, et pour avoir fait des études dans différents contextes, je pense que tout le monde est capable d'apprendre. Mais on a peur du jugement, on a peur de ne pas réussir.
Ça évite d'être dans des questions essentielles :
Qu'est-ce qu'on fait de notre vie ? Qu'est-ce qu'on va laisser comme trace ? Même sans vouloir être prétentieux, on laisse forcément des traces, on parle avec des gens, des gens qu'on a croisés, mais tout ça, ça a un impact.

Y a t-il une expérience qui t'a marquée particulièrement ?
L'expérience à Rome où on s'est retrouvé dans le cadre de "Rencontres européennes des squats".
Ce rassemblement avait été organisé par des gens de plusieurs pays, qui sont en autogestion dans des bâtiments occupés.  Les thèmes en étaient : comment ça marche? De quoi a-t-on a besoin ? Comment on se soigne ? Que mange-t-on ? Comment on crée les choses dont on a vraiment besoin pour être en bonne santé ? On a discuté sur tous ces fonctionnements et leur gestion.
Nous étions partis à dix sept : artistes, comédiens et artisans. Cette expérience m'a marquée parce que nous étions nombreux, et pendant cette période, nous avons vécu une transe artistique d'un mois et demi.
J’ai spécialement travaillé à la réalisation de cent costumes et des décors, en affinité créative avec trois amies touchant au textile ou au dessin. En échange je souhaitais qu'il y ait une trace, je voulais pouvoir communiquer ensuite sur cette rencontre.
J'ai donc co-réalisé une vidéo documentaire "RAM16, l’histoire d’ une création":  Comment avions-nous créé notre spectacle ? Selon quelle recherche artistique? Comment crée-t-on des costumes et des décors ? Avec quelle logique ? Sur quelle base de discussion, comment fonctionne t-on pour que ça marche ? Dans quelle mesure créer collectivement est une forme d’autogestion ?
C'était une fresque théâtrale d'une grande ampleur, le spectacle se passait au milieu du public, les gens vivaient le spectacle. Le thème en était: l'homme est un virus. Pourquoi un "virus" ? L'homme est devenu dominant sur une nature où il y a énormément d'espèces.
On commençait par observer de façon symbolique notre développement : un homme presque végétal, ensuite un homme mécanique, puis un homme de recherche qui peut faire des découvertes extraordinaires… mais que fait-il de ces découvertes ?  Il en va de notre responsabilité de nous questionner à ce sujet.

Comment es-tu  venue à Emmaus ?
J'ai été informée d'une expo intéressante  chez Emmaus à Neuilly s/Marne. La communauté avait ouvert une galerie d'art où des artistes  travaillant sur la récup, exposaient. Leur souhait était de mélanger les publics, créer une mixité sociale à l'intérieur de la Communauté.
Les personnes d'Emmaus voulaient faire ce projet avec des artistes et j'ai pu exposer dans cette galerie en juin 2012.
Je me suis très bien entendue avec eux. J'ai trouvé là beaucoup de gens simples qui ont beaucoup galéré et qui ne se prennent pas la tête. Ils ont appris à s'intéresser à l'essentiel. Ça m'a fait du bien parce que je me suis dit que je devais chercher dans ce sens-là.
Un hangar a été libéré dans lequel des artistes ont été invités à travailler, la dynamique avait commencé avec des graffeurs et des artistes de la rue, Emmaus est proche des gens de la rue et il y a une cohérence avec  l'éphémère.
Les graffeurs ont décoré le site pour lui donner un peu plus de vie et le rendre moins monotone.
Dans la communauté d'Emmaus, les compagnons reprennent en main leur parcours personnel, et se retrouvent. Certains d’entre eux sont en rade parce qu'on n'a pas arrêté de leur dire qu'ils étaient foutus, bons à rien, inadaptés. Certains sortent d’expériences difficiles, et ne savent pas comment rebondir. Croire en son activité, développer son expression et créer des solutions sont des directions communes aux artistes.
L'idée du départ était que notre présence nourrisse un peu tout ça et de voir ce qui se passe, quand on met ensemble différentes personnes. Dans le meilleur des cas, ça peut amener une ouverture. Ça ne marche pas mal, peu à peu. J'y suis pour la 2ème année.

Beaucoup des personnes que j'avais connues dans les squats sont devenus mes proches, des amis.
J'ai été désillusionnée par le besoin de certains de convoiter un genre de confort et d’utiliser des moyens manquant parfois d’éthique pour y parvenir, alors que pour moi, c'est justement ce qu’un artiste est censé pouvoir remettre en cause.
Juste avant d’ arriver à Emmaüs, je m'étais intégrée dans un autre squat dans le XVème. Je n'y suis restée qu'un an en raison de divergences d'opinion. Les artistes présents  dans ce lieu voulaient réussir leur carrière, avoir une notoriété, exposer dans des musées, rencontrer des chefs d'exposition.
J’avais besoin de rencontrer un autre type de population, des gens avec qui faire des choses, des personnes ayant une certaine liberté de penser, pas de jugement. Et un lieu où ce n'est pas trop cadré, où il n'y a pas trop de contraintes, mais où on a des responsabilités. 

Pour ma part, j'avais envie d'être dans une dynamique où on réfléchit profondément sur
"Qui on est ? Qu'est-ce qu'on fait ?"
C'est important de se poser ces questions-là, tous les jours, car on dérape vite. On est vite happé par des trucs qui n'ont pas trop d'importance, on nous a créé un monde où on est distrait de l'essentiel. J'avais envie d'affirmer ça, de poser cette question.

                                                                            Propos recueillis par Jeanne Studer

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