Nous avons rencontré Patrice Bessac, notre nouveau maire, le 16 octobre 2014, avec une série de questions et quelques propositions.
Donc, pas tout à fait une interview, ni vraiment un débat, voici un compte-rendu de cette rencontre.

Quelle ambition avez-vous pour Montreuil ?
Mr Bessac :  La première pierre : unir plutôt que diviser. Stopper la folle marche à l'agressivité qu'était devenu le débat politique à Montreuil, et qui, de fait, excluait le grand nombre des citoyennes et des citoyens, de toute possibilité d'intervenir.
C'est fait !
J'ai voulu une ville plus apaisée, plus rassemblée, une ville unie autour des valeurs qui sont les siennes, de solidarité et de coopération.

Montreuil, c'est une ville vraiment pas ordinaire dans la mesure où nous sommes 103 000, 14 villages, avec une vie associative, une vie culturelle, une vie citoyenne, un socle de valeur et d'actions, qui font que les gens se parlent et imaginent ensemble, c'est une ville de créativité citoyenne.

Mon ambition est d'abord de m'appuyer sur cette richesse montreuilloise pour lui donner la pleine mesure de ses capacités, en matière d'économie sociale et solidaire et en matière d'innovation que ce soit au plan artistique ou au plan économique. Il y a 1200 artistes sur le territoire. Nous sommes une des populations les plus jeunes de France.

Nous avons des entreprises innovantes qu’il faut mettre en réseaux. Il faut faire de Montreuil la ville de la coopération et de la solidarité pour permettre à ce potentiel de s'exprimer

Je veux aussi redonner toute leur place à la proximité, aux Conseils de quartiers, aux citoyens, pour que s’établisse un nouveau rapport entre le service public et les citoyens montreuillois.


Je veux que dans le courant de 2015, nous puissions mettre en débat la majorité des investissements prévus dans les Conseils de quartier, et pourquoi pas, si nous en avons la possibilité, si les choses sont mûres, aller vers des votes citoyens de préférence, sur les priorités dans les quartiers.

Il faut que la décision politique soit partagée, et partager, c'est informer, c'est être transparent, et c'est développer de nouveaux modes pour aller progressivement vers un budget participatif. On va commencer par mettre les premières pierres concrètes au travers du budget d'investissement et puis, au fur et à mesure, on évaluera l'efficacité de ce qu'on propose et on montera en puissance.

Les habitant seront-ils appelés à se prononcer seulement sur les investissements dans leur quartier ou sur toute la ville ?
Mr Bessac : Les Conseils de quartiers se prononceront pour des projets qui vont au-delà de leur quartier, qui concernent la ville bien sûr, mais la première pierre que je veux mettre, c'est une plus grande participation des habitants aux investissements à l'échelle de leur quartier.

Mais certains Conseils de quartier ne fonctionnent pas du tout.
Mr Bessac : il faut bien faire un pas, et ce pas, nous allons le faire de manière organisée et ordonnée, en associant les habitants aux priorités de réfections de rues, de rénovation, d'installation d'équipements publics de proximité.
Ce premier pas étant fait, on va l'évaluer et après on ouvrira sur d'autres sujets, mais.... "Qui trop embrasse, mal étreint", il vaut mieux réussir en assumant que dans un premier temps, on est uniquement sur la proximité, plutôt que dire qu’on va décider de tout et in fine ne décider de rien.

Puisque vous parlez de proximité, que comptez-vous faire au niveau des espaces verts et des squares de proximité ?
Mr Bessac : Montreuil est une des villes de Seine St Denis dans laquelle, il y a le plus grand patrimoine d'espaces verts : le parc des Guilland, le parc Montreau, le parc des Beaumonts.
Les squares de proximité et particulièrement les jeux pour enfants font partie des problèmes car Montreuil est en forte natalité et les équipements sont saturés. Ça fait partie des investissements de proximité que nous mettrons en débat avec la population.

Pour revenir à ce que je propose, je résume :
1 - s'appuyer sur la richesse montreuilloise
2 - ville d'innovation. Une des villes les plus jeunes de France avec un tissu d'économie sociale et solidaire et un tissu économique et artistique hors du commun.
3 - associer pas à pas, de manière organisée et réussie, les habitants à la gestion de leur ville, en commençant par les investissements de quartier.
Après ? Les habitants nous diront où ils mettent les priorités.

A Paris apparemment, le budget participatif représente 2% du budget municipal. A Montreuil, quel pourcentage ?
Mr Bessac : Je ne peux pas vous donner le chiffre, mais c'est considérable, ça sera beaucoup plus important que les 2 % de Paris. Cela pourra aller jusqu'à 20% de notre budget d'investissement.


A part des Conseils de quartier, est-ce que vous imaginez d'autres outils, par exemple une sorte de registre ou un cahier ?
Mr Bessac : je ne crois pas que des dizaines de milliers de gens vont remplir un cahier. Vous savez combien je reçois de courriers par jour : 130 en moyenne. Vous savez combien je reçois de demandes via « Sesam » : 50 000 par an. Demandes de rendez-vous depuis le début de la mandatures : 1350.
Mon cabinet estime à 10 000 le nombre de personnes rencontrées dans mes différents déplacements.

Dans une ville de 103 000 habitants, ce que je propose, c'est disposer d'un système efficace pour que les propositions et les décisions de la municipalité s'accompagnent d'un réel dialogue et soient interrogées par la décision des habitants, par des votes participatifs, par des choix de priorités dans l'investissement à l'échelle de chaque quartier.

Concernant le budget : la transparence d'un budget montre finalement le niveau de démocratie de la collectivité. Est-ce qu'il peut y avoir une volonté de démocratiser le budget, par exemple en proposant une formation citoyenne aux habitants qui le souhaitent ?
Mr Bessac : Mon premier acte a été de confier à l'opposition, la présidence de la commission des finances. Tout le monde a dit qu'il fallait le faire. Je suis le seul à l'avoir fait. Cela permet d'avoir une personne qui n'est pas l'amie politique du maire, une femme de l'UMP, qui a la charge de contrôler l'exécution du budget. Elle a accès aux pièces, elle peut commander des rapports, faire des demandes d'information, fouiller dans la manière dont se passe l'exécution du budget de la ville. C'est une avancée démocratique, c'est la première pierre concernant le budget.

Concernant le budget, je veux aussi dire la réalité à laquelle nous sommes confrontés aujourd'hui : le gouvernement nous supprime 12,5 millions d'euros sur le budget de la ville. C'est  10% du  budget de fonctionnement, c'est absolument considérable. Un euro sur 10 que nous dépensons va nous être supprimé

Sur quel chapitre, ça va être supprimé ?
Mr Bessac : sur la dotation globale. Il faut que les citoyens soient informés de l'injustice qui est faite aux Collectivités locales comme la nôtre. Nous avons trois écoles à construire en moins de trois ans du fait de la forte natalité montreuilloise et je confirme l'engagement que j'ai pris de ne pas augmenter les impôts.
L'injustice des règles fiscales conduit à ce que ça soit les mairies qui construisent et qui font des efforts, qui sont le plus pénalisées, car quand vous construisez, vous avez des familles qui arrivent, et la nécessité d'investir, alors que les règles fiscales favorisent ceux qui ne font rien. Il n'y a pas, pour le moment, d'aide aux maires bâtisseurs.

Dans ce cadre budgétaire restreint, je vais demander à mon adjointe Tania Assouline, chargée de la démocratie participative, de réfléchir sur ce que nous pouvons mettre en place sur la préparation budgétaire, incluant des initiatives de formation citoyenne. D'ores et déjà, pour informer au mieux les Montreuillois, nous organiserons une réunion publique au mois de décembre. L’objectif est d’expliquer très précisément comment fonctionne notre municipalité et comment se construit un budget communal.

Cette dotation de l'Etat touche, en baisse de 10%, toutes les collectivités dans les mêmes proportions, ou bien il y a des nuances ?
Mr Bessac : c'est une coupe sombre et générale, mais dans les villes qui se développent où il y a besoin de services publics, où on fait le choix d'accueillir des salariés, des travailleurs, des familles, ça pose plus de problèmes. Aujourd'hui, beaucoup de gens quittent Paris ou d'autres lieux pour venir à Montreuil. Pourquoi ? Parce qu'ils trouvent la possibilité d'avoir des appartements plus grands pour les accueillir. Cela génère des dépenses sans commune mesure avec les villes qui font le choix de ne pas bouger et de n'avoir que des populations très aisées. Paris et la Défense sont les coffres forts de l’Île de France. Ils n'accueillent plus les salariés qui travaillent dans leur centres d'affaires et ils ont la ressource économique et fiscale.

A Montreuil, nous avons des recettes fiscales qui sont considérablement affaiblies par la politique qui est menée actuellement, et dans le même temps, dans l'organisation de l'Ile de France, les emplois sont à l'ouest ainsi que la fiscalité économique alors que les salariés sont à l'est. Il faut changer cela : investir davantage dans les transports, modifier les implantations des activités et des emplois. Nous réclamons partage et équité.

A Montreuil, beaucoup de gens sont exonérés de la taxe d’habitation. Cette exonération est-elle compensée par l’état ?
Mr Bessac : Absolument pas.

Le Grand Paris pourrait avoir le rôle d'équilibrer justement le budget entre l'est et l'ouest. Est-ce qu'il y aura une lutte des élus pour que ça soit partagé ? Que ça soit équilibré ?
Mr Bessac : En tant que maire de Montreuil, je porte déjà et je porterai cette exigence au sein du Grand Paris.

Pouvons-nous parler des grands chantiers en matière d'urbanisme, des projets d’envergure pour Montreuil ?

GRANDS PROJETS :
1 - Nous avons des rencontres avec la Mairie de Paris sur l'avenir de la Porte de Montreuil. Rien n'est décidé, mais il y a une volonté commune d'avancer sur la requalification de la Porte de Montreuil.

2 - A la place des Ruffins et l'ensemble du carrefour qui accueillera le tram, il va y avoir des changements forts. Nous allons retravailler sur l'ensemble de cette place pour l'embellir et donner une place aux habitants et notamment aux associations et au Conseil de quartier.

3 - Croix de Chavaux : nous souhaitons dans les 4 ans, réhabiliter, redonner la place aux piétons, aux habitantes et aux habitants et créer des équipements publics. Il s’agit d’achever le triptyque constitué par la mairie de Montreuil, la place de la Croix de Chavaux, en passant par la rue de Paris, jusqu'à la Porte de Montreuil.

Enfin, Montreuil est la ville où sont nées les Universités Populaires. La première Université Populaire est née à Montreuil en 1842, et j'espère, d'ici quelques mois, créer une nouvelle Université Populaire, des sortes d'ateliers du futur, qui permettent de faire une rencontre entre la citoyenneté, la vie associative, la vie intellectuelle montreuilloise et participer en cela à la création sur le plan urbain....

Où ?
Mr Bessac : partout !
Ça peut être dans les bibliothèques, ça peut être ici à la mairie. Une Université Populaire, c'est une démarche citoyenne qui permet de faire se rencontrer habitants et intellectuels et élaborer ensemble. C'est le contraire d'une démarche académique, c'est une démarche d'appropriation.

Propos recueillis par Catherine Charpentier et Jeanne Studer

 

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Commentaires  

-1 #1 François Fatoux 05-12-2014 14:17
Le Maire affirme sans détours que l'Etat ne compense pas les exonérations de taxe d'habitation. Sa réponse est inexacte : l'Etat verse aux collectivités territoriales les taxes qui sont réclamées aux contribuables "locaux", que ceux-ci en soient partiellement ou totalement exonérés, qu'ils soient mauvais payeurs, que la taxe ait été mal déterminée et fasse ensuite l'objet d'un dégrèvement. Cette disposition très ancienne qui devrait être connue d'un maire d'une grande ville rend complètement opaque les finances des collectivités territoriales. Les communes et les départements dont une part importante des habitants est pauvre sont donc aidés par les contribuables plus aisés d'autres communes, d'autres départements. Nul ne contestera le bien fondé du principe. Par contre, la totale opacité de ce mécanisme est une entorse à l'équité entre les collectivités, à leur autonomie financière qui aujourd'hui n'est plus qu'un mot. A Montreuil, par exemple, la plus grosse partie (70 % ? 80 % ?) des dépenses est payée par des "non-Montreuillois". Est-il admissible que d'autres paient les dépenses que nous décidons d'engager ? L'appartenance des citoyens a une même nation suppose qu'ils bénéficient des mêmes prestations fondamentales qu'ils habitent Lille, Marseille ou Montreuil. Cela suppose que ces prestations soient payées avec des impôts d'Etat. Par contre, si les Montreuillois veulent deux piscines, c'est leur droit mais c'est à eux de les payer. Je reconnais que l'exemple n'est pas le mieux choisi puisque ce sont des élus non représentatifs des Montreuillois qui ont pris cette décision. Mais on peut citer de nombreuses dépenses non vitales pour les Montreuillois, comme le très coûteux Tous Montreuil, les chargés de mission inefficaces, les souffleuses de feuilles mortes qui assourdissent dès potron-minet, les meetings d'athlétisme mégalomaniaques ... toutes dépenses pas vraiment essentielles décidées par nos conseils municipaux successifs et payées principalement par des contribuables qui n'habitent pas Montreuil.
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