Ce mardi soir 11 février 2014, à la Parole errante, c'est un Méliès éphémère pas comme les autres. Même la projection se trouve emportée dans une mise en abîme propre à nous faire sonder nos propres profondeurs pour y chercher la vérité ! (1).

Au programme ce soir-là « L'amour existe » de Pialat, qui parle de la banlieue. Et de voir 50 ans plus tard, dans les anciens studios Méliès, un film qui raconte la destruction des studios Méliès, aucune fiction n'aurait pu nous faire vivre cette distorsion du temps et cette tendresse qui nous unit par de-là les époques, avec autant de réalisme et de poésie ! Un Méliès pas si éphémère en somme nous a saisi...

Pourtant, tout a commencé sagement, c'est même un peu barbant ces candidats qui viennent tresser les louanges de la lutte et dire tout le bien qu'ils pensent d'un cinéma indépendant et la fin du cauchemar pour les salariées. Ils s'engagent, la main sur le coeur, d'oeuvrer pour une équipe enfin rassemblée et... blablabla... : voici venu le temps des promesses pré-électorales. Peu de dupes dans la salle; c'est peut-être ce qui rend l'air aussi triste ; personne pour y croire vraiment...

Car nous sommes là, nous, les gourmands des soirées cinématographiques qui donnent à penser et à rêver, les insatiables des débats délicatement et rieusement menés, des équipes qui nous aident à décrypter nos réels tortueux, qui redonnent de l'énergie et de l'envie de vivre le temps d'un film, d'une fenêtre qui s'ouvre sur la pensée, de l'art en mouvement, auto-construit et passeur de mondes plus beaux, de toutes les humanités qui nous fondent collectivement... Toutes ces essentielles rencontres dans l'épaisseur des salles obscures dont nous sommes tou-te-s privées depuis un an. En fait, nous sommes privés de ces nuits éblouissantes depuis les frasques de la première édile de la ville, qui voulait être aussi grosse que le boeuf et qui nous a fait exploser son irrépressible désir de puissance et de grandeur à la figure.

La mairesse n'y va pas avec le dos de la petite cuillère ! L'équipe du cinéma est jetée à la presse en pâture pour détournement de fonds public. Deux programmatrices sont déplacées et le directeur licencié.

Toutes ces charges sont aujourd'hui invalidées par toutes les instances qualifiées, y compris par le CNC.

Las, nous qui habitons Montreuil depuis trois décennies, nous sommes les témoins médusés d'un scénario sordide qui se rejoue à l'identique à moins de dix ans d'écart.

L'ancien maire avait lui aussi fait un rêve d'absolu, viré l'ancienne directrice et remunicipalisé le Méliès au pas de charge, accablant l'équipe des mêmes maux infondés, grossiers et outrageants. Le collectif de soutien et l'association d'alors, épaulant l'équipe des professionnels du cinéma, avaient eu beau faire la preuve d'un Méliès associatif rentable et dynamique, diversifié et en pleine extension , rassembler plusieurs milliers de signatures pétitionnaires, obtenir le soutien de la fédération CGT du spectacle, le maire avait régné en maitre ! Car si tous avaient reconnu l'excellence du travail mené par l'équipe et sa directrice, Geneviève Houssaye, rien n'y fera. Le roitelet du moment s'était drapé dans sa superbe et nous avait balayé-e-s d'un simple revers de manche.

Il perdit néanmoins les élections qui suivirent et il dut se rappeler alors combien « un pouvoir est faible s'il ne tolère pas qu'on l'avertisse de ses erreurs » (2) Un bel oxymore qui nous ouvre bien des perspectives !

Cependant, le Méliès fut donc re-municipalisé. La directrice débarquée et l 'équipe disloquée. Qu'on ne vienne pas nous dire que décidément, les gens qui nous gouvernent sont « tous pourris ». Car alors, nous qui faisons de la politique depuis si longtemps, nous nous serions présentés aux élections s'il ne s'agissait que de cela !
Non, c'est le pouvoir qui est maudit (3). Ce n'est pas nouveau et pourtant être conscient de cela, ce n'est pas désespérer, au contraire. Quand d'autres croient aux vertus de la démocratie parlementaire et sèment la résignation autour d'eux, nous savons que c'est l'organisation de ce pouvoir qui produit ces abus.

Quand on en est convaincu, nous savons que nos combats sont les combats d'une vie. Pour preuve, dix ans après, nous sommes encore là. Prêts à nous battre aux côtés de cette équipe qui, au départ, avait été installée sur les ruines de l'ancien cinéma associatif. Nous avons connu des gens qui, dans les luttes,nous étaient liés, et qui sont aujourd'hui à la mairie et refont le même scénario qu'ils avaient combattu à nos côtés il y a dix ans !

Il ne s'agit nullement de mettre en cause les personnes mais les fonctions et la structure d'un pouvoir par essence autoritaire. Personne, aucune vertu, ne résiste à cette organisation-là, hiérarchisée, préférant le culte du chef au travail d'élaboration collective. Oui le pouvoir est maudit.

Faire vivre des contre-pouvoirs, du côté de la vie, de la lutte festive et collective, de l'invention et de l'utopie ré-inventée, c'est faire reculer l'injustice sociale. Nous sommes une armée de rêveurs et pour cette raison nous sommes invincibles. Comment ne pas vaincre avec cette imagination qui emporte tout ? Nous ne pouvons pas perdre, ou plutôt nous ne méritons pas de perdre. (4).

La lutte continue.

Nathalie Astolfi.

(1) Nestor Makhno « Prolétaires de tous les pays, plongez dans vos propres profondeurs, cherchez-y la vérité, inventez-la ! Vous ne la trouverez nulle part ailleurs ». Ukraine, 1918
(2) Pierre  Dehaye
(3) Louise Michel « Le pouvoir est maudit, c'est pour cela que je suis anarchiste ».
(4) Buenaventura Durruti ; disque hommage aux éditions Nato

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Commentaires  

+1 #1 le Loup des steppes 21-03-2014 16:36
On peut porter sur l'action de Patrick Petitjean des appréciations disons... nuancées (c'est mon cas) mais force est de constater que s'agissant de l'affaire du Méliès, ses arguments sont solides et convaincants. Adversaire résolu de l'ancien conducator de Montreuil, il n'en juge pas moins favorablement les Méliès éphémères, ce qui témoigne de son ouverture d'esprit.
Voilà qui nous change des diatribes mensongères et de la brosse à reluire sur les bottines de M. Goudet.
Voir sur son blog : http://place.de.montreuil.free.fr/blog/index.php/
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