Il y a quelques semaines, un après-midi de novembre, je suis allé faire un tour au parc Montreau afin de visiter l’exposition « Indochine France Vietnam » au musée de l’histoire vivante. Le souvenir d’un meeting mémorable guidait également mes pas.
Ma question : les collections du musée ont-elles-gardé un film ou des photos de ce 20 juin 1971, jour où «la Pasionaria » prit la parole devant une foule enthousiaste ? Chou blanc et petite récompense : la brochure « Montreuil Espagne 1936/1996 », en hommage aux 76 volontaires de Montreuil qui combattirent dans les brigades internationales.

No pasarán ! au parc Montreau

Dolores Ibarruri « la Pasionaria », âgée à l’époque de soixante-quinze ans, ne se trouvait plus au zénith de sa gloire. Mère Courage dans les années trente et pendant la deuxième guerre mondiale (son fils Rubén, après avoir combattu en Espagne, fut tué en 1942 à Stalingrad, nommé héros de l’Union Soviétique etc.) était devenue une sorte de Reine-mère pour les communistes et un mythe vivant, y compris pour les non communistes. Au moment où elle faisait sa rentrée politique en Europe occidentale l‘homme fort était Santiago Carrillo, secrétaire général du parti, tandis que « la Pasionaria » n’occupait qu’une présidence honorifique. Son dernier grand meeting en France remontait au 8 septembre 1936 au Vél’ d’hiv de Paris. En 1971 elle avait donc quitté Moscou pour épauler Carrillo dans le cadre d’une campagne contre la dictature franquiste, pour l’amnistie et les libertés, menée auprès des travailleurs espagnols, réfugiés politiques dans certains cas mais majoritairement immigrés. Le point d’orgue de la campagne fut le meeting organisé au parc Montreau, à l’initiative du PCE et du PCF. Après les interventions de «la Pasionaria » et Carrillo, le député Jacques Duclos s’exprima avec son bel accent du sud-ouest. Le sénateur Etienne Fajon fit de la figuration dans la tribune. Bref, je ne tiens pas à vous assommer avec la description détaillée de la liturgie du meeting d’autant plus qu’il existe un film dénichable sur internet ainsi que des enregistrements radiophoniques. Il est préférable d’expliquer les circonstances de la « création » du toujours actuel No pasarán !

Le célèbre Los fascistas no pasarán ! retentit pour la première fois devant les micros du ministère de l’Intérieur à Madrid le 19 juillet 1936. Dolores Ibarruri lança son appel lorsqu’elle apprit la nouvelle du putsch (pronunciamiento aurait dit De Gaulle) : Franco prenait au Maroc le commandement des troupes et les militaires rebelles s’apprêtaient à sortir des casernes dans toutes les villes de l’Espagne. Mais ce retentissant No pasarán ! -scandé également lors du meeting du Vél’ d’hiv-, slogan génial inventé dans une circonstance de guerre civile et révolution, provenait malgré les apparences de France. Ayant transité via Verdun par la frontière pyrénéenne il fit son entrée au palacio de las Cortes -la chambre des députés- de Madrid. En effet, ce fut le député d’extrême droite José Calvo Sotelo le premier à avoir utilisé en juin 1936 le No pasarán ! dans un contexte, il est vrai, bien différent. Aucun rapport entre  El desorden y la anarquía de la República no pasarán du monarchiste Calvo Sotelo et l’appel de “la Pasionaria”. La député communiste, présente aux Cortès lorsque Calvo Sotelo prononça sa diatribe antirépublicaine, trouva probablement percutante la formule de l’orateur ennemi, l’enregistra et la fit sienne. Une autre possibilité c’est que le mot d’ordre Ils ne passeront pas de Pétain à Verdun en 1916 fût connu de Dolores Ibarruri. Quoiqu’il en soit, dans son livre de mémoires « El único camino » elle ne donne aucune sorte de piste sur la source de son inspiration. Quoi conclure ? Fulgurance devant le moment historique dont elle fut une des protagonistes ou reprise heureuse ?

« Pasionaria », nom de plume, hispanisme devenu universel

En ce qui concerne le pseudonyme les choses sont beaucoup plus claires, car le témoignage d’Ibarruri est fort explicite. En 1922 elle utilisa pour son premier article, intitulé « El minero vizcaino » (mineros, c’est-à-dire mineurs, étaient son père et son mari), le pseudonyme « Pasionaria », tel quel, sans l’article. La langue familière emploie l’article défini devant les noms propres ; c’est pourquoi on l’appela « la Pasionaria ». Actuellement la tendance en Espagne est à supprimer le « la ». Les gens cultivés doivent considérer que cela fait plus correct, moins peuple. Jolie façon d’amputer, d’édulcorer. Mais pourquoi choisit-elle ce nom ? Tout simplement parce qu’elle écrivait pendant la Semaine Sainte, dite aussi semaine de la Passion. Ibarruri, dont le prénom Dolores renvoie à la Mater Dolorosa, était de famille carliste (l’équivalent espagnol des Vendéens), cependant son tempérament rebelle la fit basculer du catholicisme au communisme, d’une religion à une autre.

Pour compléter la symbolique du nom « Pasionaria » d’aucuns évoquent le lien avec la fleur de la passion. C’est, par exemple, l’explication fournie dans l’exposition « La valise mexicaine (Capa, Taro, Chim) », mais il vaut mieux laisser à des poètes comme Rafael Alberti les métaphores florales. Dès 1936 le nom de la communiste basque devint universel et il passa dans toutes les langues comme synonyme de femme qui combat pour ses idéaux.

Voyons à présent la définition du petit Robert : Militante qui défend de façon parfois violente et spectaculaire une cause politique.

Angela Davis dans les années soixante, Winnie Mandela dans les années soixante-dix ou Rigoberta Menchú dans les années quatre-vingt méritaient bien l’épithète « pasionaria ». Quoi penser, en revanche, de la prolifération actuelle de « pasionarias » parmi les femmes politiques françaises et autres célébrités ? L’abus journalistique de ce terme prête à sourire. Najat Vallaud-Belkacem, Cécile Duflot, Clémentine Autain, Samia Ghali, Audrey Pulvar, Marcela Iacub etc. rejoignent ainsi des révolutionnaires comme Angela Davis, Winie Mandela et Rigoberta Menchú qui ont connu la prison. A Montreuil nous pouvons nous enorgueillir d’en avoir au moins deux. Gros titre de ‘Libération’ le 5 juin 1997 : Quatorze nouveaux ministres pour cohabiter avec Jacques Chirac… Environnement : Dominique Voynet « La Passionaria » (sic). Plus récemment, dans ‘Le Monde’ du 17 octobre 2013 : Mouna Viprey, vraie pasionaria locale… Je les invite toutes quand elles passeront rue Dolores Ibarruri à lui faire un petit salut.

L’oncle Hô et Dolores Ibarruri

Le musée de l’histoire vivante garde quelques reliques de Hô Chi Minh ; notamment les éléments de la chambre -porte, châssis de la fenêtre, point d’eau de l’escalier etc.- qu’il occupa à l’époque où il habitait porte de Montreuil. Au parc Montreau il y a aussi un buste, fleuri lors de certaines commémorations. L’exposition « Indochine France Vietnam » peut être l’occasion de s’y rendre pour le voir, sans que cela implique forcément culte de la personnalité. Et voici, pour finir, une citation de « la Pasionaria » sur l’oncle Hô : Hô Chi Minh avait l’habitude de me parler dans un sympathique mélange de français et d’italien. Je lui répondais en espagnol et nous nous comprenions parfaitement… Vive l’internationalisme !

Miguel Pecina

La photo de Dolorès Ibarruri est de Robert CAPA

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Commentaires  

0 #12 Le Loup des steppes 28-01-2014 18:33
Vous vous égarez, Miguel Pecina. Vous pincez la corde affective sur un mode mineur (elle n'a pas pistonné son fils, tué à Stalingrad) pour mieux faire croire à l'incroyable : elle n'aurait pas eu connaissance (avant 1942 !) des ignominies de son parti. Alors qu'elle était membre de son bureau politique ! A qui voulez-vous faire croire un tel bobard ? Instrumentalisée par l'appareil de propagande soviétique, c'est sûr. Oie blanche et totalement ignorante des manoeuvres sanglantes du PCE, certainement pas !
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0 #11 Miguel Pecina 28-01-2014 16:39
Dolores Ibarrruri, même si elle gobait les mensonges du Komintern et de la propagande soviétique, fut différente. Au moins jusqu'au mois de mars de1942 où, après la mort de José Díaz. elle devint secrétaire du parti communiste espagnol. Par conséquent, écrire qu'elle joua un rôle dans les assassinats de Camillo Berneri et Andreu Nin (1937) ou "qu'elle forgeait les piolets" (Trotski fut assassiné d'un coup de piolet en mai 1940 par l'agent du Guépéou Ramón Mercader) n'est pas sérieux. Voici pourquoi.
"La Pasionaria" n'était pas, en effet, une militante de base en 1936. Mais, à moins de considérer que tous les membres du Comité Central du PCE savaient et faisaient le liste de personnes à éliminer, "le loup des steppes" ne pourra pas prouver son implication dans ces crimes. La littérature est un terrain fertile pour ce genre des fantaisies "Nous les assassins", le titre existe en espagnol, et je vous l'offre gratis pour écrire en français un salmigondis de conneries. Ibarruri sur son lit de mort avoue son parcours sanglant. Je m'égare.
En septembre 1942, Rubén Ruiz Ibarruri, lieutenant de l'Armée Rouge, fut tué à Stalingrad. Mère Courage Dolores Ibarruri à aucun moment essaya de le pistonner. Rubén ne faisait que suivre l'exemple de sa mère. Je n'écrirai plus sur ce sujet. Marre des révolutionnaires en peau de lapin (ou de loup).
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0 #10 Le Loup des steppes 28-01-2014 10:01
Poursuivons donc....
En quoi Dolores Ibarurri était-elle différente des assassins de Camilo Berneri et Andreu Nin ? Des pilotes staliniens qui, sur le front d'Aragon, larguaient leurs bombes sur les milices ouvrières au lieu de bombarder les lignes franquistes ? Du sinistre Lister qui tenta de liquider les collectivités agraires d'Aragon ? Des ministres staliniens qui sabotaient consciencieusement la révolution au profit de la politique étrangère de l'URSS ? etc.
Oui, en quoi était-elle différente ? Ce n'était pas une jeune idéaliste manipulée, une simple Ramon Mercader. Elle forgeait les piolets....
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0 #9 Le Loup des steppes 28-01-2014 08:56
L'espace alloué aux commentaires est très réduit et vos réponses, Miguel Pecina, mériteraient d'être discutées en détail. Remarquez seulement que nulle part je n'ai dit que "tous" les staliniens étaient des crapules ni que "tous" les anarchistes étaient des anges. Il est facile de contester des phrases que l'on invente soi-même.
Pour le reste, il s'agit moins de qualités et de défauts d'individus que de processus historiques qui dépassent, et de loin, telle ou telle personne. Reste que la Pasionaria n'était pas une de ces militantes de base dont on peut comprendre le fanatisme militant.
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0 #8 MIguel Pecina 27-01-2014 17:05
Tous les staliniens ne sont pas condamnables, tous les anarchistes ne sont pas des anges. Dans les Patrullas de Control -police politique de la FAI (Federación Anarquista Ibérica) à Barcelone en 1936-37 il y avait des crapules et des ordures pour m'exprimer dans le style pamphlétaire que vous affectionnez, et aussi des "belles âmes de la terreur". Je suis prêt à discuter à visage découvert et à fournir les sources.
Un dernier exemple : Ramón Mercader, l'assassin de Trotski, était un jeune idéaliste, fanatique stalinien manipulé. Dans votre discours vous oubliez le contexte. Et le contexte en histoire est essentiel. Le fanatisme,fréquent chez les idéalistes, était dangereux (il l'est toujours). Mourir (tuer) pour des idées... Connaissez-vous la chanson de Brassens? Pour finir, je n'aime pas les catéchismes des socialistes et communistes de tout poil aussi bien les libertaires que les autres, y compris les écologistes. Je suis un homme de peu de foi. Je trouve préférable le manque de foi à la mauvaise foi.
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0 #7 Le Loup des steppes 27-01-2014 14:43
Ainsi donc, en février 1936, Dolores Ibarruri n'était pas encore stalinienne. La conversion doit donc dater du mois de mars de la même année !
J'avoue ne pas bien comprendre l'insistance de Miguel Pecina à défendre l'indéfendable, lui qui doit bien connaître le rôle sanglant qu'a joué le PCE à cette époque. Pourquoi la Pasionaria échapperait-elle à l'opprobre des Lister et cie ?
C'était une dirigeante, un symbole de l'ignominie stalinienne. Quant au courage dont elle aurait fait preuve... cela ne veut rien dire.
Il y a des officiers, des policiers ou des fascistes courageux. Ca ne les rend pas admirables pour autant.
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0 #6 Miguel Pecina 27-01-2014 09:03
En février 1936, cinq mois avant la guerre civile lors des élections du Frente Popular, le PCE réussit à faire élire 17 députés. Groupuscule ou petit parti de masses? Dolores Ibarruri, député des Asturies, n'attendit pas que les prisonniers politiques soient libérés en application du programme du Frente Popular dont le point n° 1 était l'amnistie. "La Pasionaria" se présenta devant la prison d'Oviedo et, grâce à son charisme, obtint la libération des prisonniers. A ce moment-là elle n'obéissait pas aux ordres de Moscou. Un acte que "le loup des steppes pourrait qualifier de "sopontanéisme anarchiste".
Ceci dit, "cuándo se jodió el Perú?" (à quel moment le Pérou s'est foutu en l'air?) Cuándo se jodió Ibarruri? Pendant la guerre? à Moscou? Je ne saurais pas répondre avec exactitude, mais j'insiste "la Pasionaria" aux poubelles, NON.
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+1 #5 François Fatoux 27-01-2014 05:38
Le courageux Loup des Steppes qui ressemble plutôt, derrière son masque, à un chien de garde très hargneux ... de qui, ce n'est pas très clair quand on le lit aussi sur le Méliès, oublie que la République espagnole a d'abord été écrasée par le général félon Franco. Un détail ? Les milliers de staliniens français fusillés ou décapités peu après sous la botte nazi ne méritent-ils que le mépris pour avoir été staliniens ? Qui a droit au respect du Loup des Steppes ? Les Européens qui s'opposaient avec des fleurs à ceux qui ont provoqué 2 guerres mondiales, les massacres en Yougoslavie, à Budapest, en URSS ... et dans la France coloniale ? Dolorès n'était pas dans le camp de Franco, c'est déjà un bon point, non ? Franco a-t-il gagné grâce à elle et à Staline ou grâce à Hitler, Mussolini et accessoirement Blum et Chamberlain qui n'ont pas envoyé l'armement nécessaire ? La démonstration m'intéresse.
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0 #4 Le Loup des steppes 26-01-2014 11:52
Vous convenez que Staline fut le "tsar des salopards" et que Dolores Ibarruri fut une "stalinienne", mais refusez qu'on la jette aux "poubelles de l'ignominie. Pourtant, la Pasionaria fut un véritable symbole du stalinisme espagnol. Rappelons quand même, pour mémoire, que le parti communiste espagnol n'était qu'un groupuscule insignifiant en juillet 1936, lors du putsch de Franco. Soutenu, par l'Etat soviétique et ses services secrets, ce parti réussit à apparaître comme le garant de l'Ordre, le protecteur de la libre entreprise et réussit à attirer à lui toute une fraction de la petite bourgeoisie et de l'appareil d'Etat (notamment dans l'armée) terrorisée par la révolution, par le puissant mouvement de collectivisation dans l'industrie et l'agriculture.
Convient-il donc de rappeler son souvenir de manière émue ? Ou vaut-il mieux la ranger, avec ses sanglants acolytes, au musée des horreurs de l'Histoire ?
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0 #3 Miguel Pecina 25-01-2014 16:51
Je suis globalement d'accord sur le fait que Staline étrangla la révolution espagnole. Les anarchistes furent doublement vaincus : par les communistes en mai 1937 et par les franquistes en 1939. Mais les collectivisations n'étaient pas le sujet de mon article. Je me suis limité à expliquer l'origine du toujours actuel "No pasarán!" ainsi que le surnom "la Pasionaria". On peut aimer ou détester Dolores Ibarruri. C'est elle n'empêche qui, à gauche, lança la première ce cri de ralliement.
J'éprouve une certaine admiration pour la Pasionaria, sans ignorer qu'il s'agit d'un personnage complexe. Staline était le tsar des salopards, D'accord. Dolores Ibarruri stalinienne? Oui. Aux poubelles? Non. La littérature pamphlétaire m'intéresse si elle est de qualité. Marx et Kropotkine ce sont des bons exemples. Par ailleurs, il est dommage que le "loup des steppes", qui emprunte son pseudonyme à Hermann Hesse, soit si insensible à l'humour et à l'ironie.
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