Vestiges de l'agriculture qui a existé pendant trois siècles à Montreuil, les murs quadrillaient en tous sens le territoire.
Au fil des ans, l'industrialisation a remplacé peu à peu la culture des pêches, des maisons se sont construites entre les murs. La ville s'est étendue, et les murs à pêches ont disparu. Seule en est restée une partie, une réserve d'espace vert de 50 ha, protégée jusqu'en 1994.
Ce site abandonné a été la proie de beaucoup d'hôtes indélicats : casses de voitures, d'entreprises de déchets, de gitans en recherche

d'un lieu pour vivre. Les herbes folles ont poussé, des arbustes, des arbres, la nature a repris ses droits.

Et puis une association a voulu défendre cette réserve menacée par l'urbanisation galopante de la capitale.
Elle a fait connaître ce territoire oublié au public. Dans un deuxième temps, un Appel à projets a été proposé aux Montreuilois et quelques unEs ont pris possession de ces espaces abandonnés. Ils les ont nettoyés, entretenus, embellis, ils y ont installé leurs rêves, des projets, des fleurs, des plantes, y ont fait vivre des spectacles. Un Festival avec de nombreuses manifestations artistiques s'est produit d'année en année attirant toujours plus de visiteurs !
Les municipalités successives, elles, n'ont jamais vu dans ce lieu qu'une surface foncière possible, une manne inespérée de futures constructions, mais les associations veillaient, et sous la pression réitérée des manifestants et de la pression populaire, les municipalités ont finalement joué le jeu de la mise en valeur de cet espace.

Alors nous nous sommes interrogés : cet espace agricole, donc en pleine terre qui a été bordé et quadrillé de murs pour faciliter la culture des pêches en leur procurant une sorte de serre, n'a plus la même raison d'être, car les Montreuillois actuels ne vivent plus de la culture des pêches. Les murs sont un rappel de cette culture, un témoignage historique, certes !
On peut évidemment refaire quelques parcelles à l'ancienne comme exemple, mais concernant le reste de l'espace, pourquoi y aurait-il besoin de refaire ces murs à l'identique, maintenant que la raison économique qui faisaient vivre les Montreuillois : la culture de la pêche, a disparu ?

Après cette reconnaissance de la valeur historique de ce lieu -enfin, au bout de 26 ans de lutte acharnée de la part des associations !-, de l'argent a été débloqué pour refaire les murs abîmés, parfois effondrés, avec la volonté de reconstruire les murs à l'identique de ceux d'autrefois, redessiner le quadrillage de murs, sans les pêches, sans la raison économique qui les avait faits construire il y a quelques centaines d'années. La visite de Stéphane Bern sur ce lieu mythique a accentué cet intérêt pour les murs à pêches, avec pour corollaire le prix du loto du patrimoine attribué à cet espace : 300 000 euros, que la municipalité veut attribuer à la restauration des murs.
Bien au contraire, nous pourrions profiter de cette nature qui renaît entre ces murs, porter notre attention sur tout ce qui se déploie au travers de cette végétation retrouvée : les insectes, les arbustes et les arbres, les fleurs, favoriser les espaces qui se jouxtent, les passages, les cheminements permettant à la biodiversité de circuler, d'échanger, de s'épanouir.

Nous sommes à une période critique de notre histoire. L'être humain a utilisé les ressources de la terre à tel point que celle-ci ne peut plus continuer à répondre à ses exigences croissantes. Le dérèglement climatique est là, avec toute sa cohorte de catastrophes : incendies, inondations, canicules, sécheresse, destruction de la faune et la flore, disparition des abeilles et des oiseaux.
Notre intérêt est de développer le végétal de ce site, ses espaces de pleine terre où on peut faire prospérer et cultiver plantes et floraison, favoriser les petits insectes, les abeilles et la faune. Tous font partie du vivant, ce vivant qui est en péril et qui devient notre patrimoine présent et à faire vivre avant tout, pour nous, pour notre bien-être et surtout, pour celui des générations futures.

Les associations qui se sont installées sur ce site en ont fait un lieu magique, plantant, fleurissant, l'aménageant et l'embellissant, elles ont mis en valeur ses qualités naturelles, restauré certains des murs: Racines en Ville, Jardins de la Lune, Sens de l'Humus, Murs à Pêches, Fruits défendus pour n'en nommer que quelques unes (1), etc...., également l'association Léz'art dans les murs, dont les membres font un travail sur le lien social, avec les jeunes des cités avoisinantes. On sait combien le social est mis à mal à cette époque, et va de pair avec la destruction de la nature.
Nous nous devons de privilégier le vivant et la nature !
Il n'est plus question de prendre l'avion pour admirer les contrées sauvages qui gardent encore pour un temps, leur nature intacte. Ce qui existe ailleurs, nous pouvons le faire vivre ici, en y mettant nos forces, notre volonté et nos imaginaires. Pour être solidaires de tous les êtres vivants, il faut penser l'ensemble du site comme un réservoir d'oxygène.

Notre souhait : faire de ce site un COMMUN auquel toutes et tous pourraient contribuer et rendre compte de l'importance d'un lieu vivant, non un lieu reproduit à l'identique, témoignage du passé avec des murs froids, érigés en barrières, ne permettant pas le passage de la biodiversité.
Les friches laissées à leur libre cours pourraient montrer la beauté de la nature qui reprend ses droits. Tout ce végétal en expansion nous donnerait la fraîcheur, la verdure et la liberté de se mouvoir dans une nature retrouvée !
                                                                                    Jeanne Studer en collaboration avec Ginette Lemaître


(1) Corajoud in « Les racines de Montreuil 1992 »
Il ne s'agit pas de conserver en tous lieux et toujours les murs existants, ni de considérer le parcellaire comme une mesure intangible
[...]
Une grande partie des brèches faites par la ruine des murs pourrait être conservée et fermée par des grilles ou des clôtures transparentes. Le dispositif d'ouvertures multiples et croisées éviterait l'effet d'enfermement trop systématique des murs »

(2) Fédération des Murs à Pêches : 15 associations :
Association Murs à Pêches - Racines en Ville - Le Fer à Coudre - La Graffiterie - Le Théâtre de la Girandole – SRHM - Lez'arts dans les Murs - Fruits Défendus - Le jardin des Couleurs - D'un peu plus pré - La Factory and Co -  TIGE - Le Sens de l'Humus - Oxymore – Reste Ensemble.


                                            


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