Les personnes faisant acte de solidarité et de bonté envers leurs semblables sont jugées et condamnées par l'Etat français depuis des mois. Cette action est appelée "délit de solidarité", car ces personnes qui portent secours aux migrants contreviennent aux lois françaises dans la mesure où la France ne veut pas accueillir ces migrants. Voici un beau texte écrit par Pierre-Alain Mannoni.

Pierre-Alain Mannoni vient d’être condamné en appel pour avoir secouru dans la Roya 3 érythréennes blessées.

"Je reste convaincu d'avoir fait ce qu'il fallait humainement faire et en plus d'avoir agi selon les principes que la France et sa loi défendent. Mais finalement lors de l'audience en appel le 26 juin à Aix en Provence, la cour a très peu considéré les faits et s'est

surtout attaché à me faire dire que j'étais militant. Drôle de situation que d'être accusé d'une vertu que j'aurais été fier de porter, mais dont je ne pouvais me revendiquer à l'époque.

Ce 11 septembre 2017 lors de l'annonce du verdict, cent à deux cents personnes étaient venues sur place soutenir ce combat juridique alors que l'unanimité des organisations touchant de près ou de loin au respect du Droit, dont la prestigieuse Fédération Internationale des Droits de l'Homme, avaient largement communiqué leur soutien et leur indignation face à ce harcèlement judiciaire.

C'est donc avec un soutien à la hauteur de la dimension symbolique de cette affaire que je me suis rendu à la barre pour écouter le verdict. Innocent mais pas naïf, j'avais aussi évalué la possibilité d'une condamnation et donc avec déception mais sans vaciller j'ai entendu "2 mois de prison avec sursis". Cette affaire étant devenue emblématique depuis près d'un an, elle m'avait échappée émotionnellement et c'est avec détachement que j'ai reçu ce verdict car je n'ai pas considéré cela comme une sanction contre moi mais plutôt contre tous les solidaires. Comment la justice, garante du respect du droit, peut-elle piétiner les valeurs d'humanité ? La justice est un bien beau concept mais ce sont des hommes et des femmes qui la rendent dans une conjoncture particulière...
Depuis le début du processus judiciaire, ma volonté a été de saisir l'opportunité de ces poursuites pour faire entendre la situation des solidaires poursuivis mais aussi celle inhumaine que vivent les exilés ici en France. Faire en sorte que la vague d'indignation devant la photo du petit Aylan mort sur une plage turc, se soulève aussi pour ceux qui meurent noyés, défigurés, électrocutés, carbonisés ou mutilés à 2 pas de Nice, chez moi, sur la Côte d'Azur, là où il est facile d'agir.
Bref je crois que c'est la cause défendue par mon action qui est condamnée et c'est comme cela que je l'ai considéré à ce moment-là et pour le reste de l’après-midi.

Mais de retour chez moi, lorsque ma fille m'a raconté ses sanglots quand en pleine classe elle a appris le verdict, la colère m'a submergé. L'année dernière mon fils est parti à Auschwitz, tous frais payés par l'Etat, pour qu'il voit bien à quoi mène le "je fais juste mon travail" doublé du "le problème, c'est eux". Mais d'un autre côté l’État n'écoute pas les organisations de défense des droits de l’homme, il n'écoute pas les sages, ceux qui alarment sur la barbarie latente et l'importance de l'amour et de la fraternité, il poursuit et condamne ceux qui menacent les décisions qui tuent les "migrants" par milliers, il dresse les uns contre les autres et promet des guerres pour avoir la paix. L’État Français est schizophrène, il s’appuie sur une devise exemplaire mais applique des principes opposés. C'est désespérant, effrayant et lorsque l'on est engagé sur le terrain c'est aussi épuisant et rageant.

Mais je me méfie de la colère car elle mène facilement à la haine. Lire Ghandi m'a redonné de l'espoir et m'a rappelé aussi que notre existence est bien petite. Agir localement, amener du réconfort à UNE personne, sauver UNE vie, permettre à UNE sœur de retrouver son frère, héberger quelqu'un pendant UNE nuit, donner UN repas, c'est ça de donné et ça de pris. On peut avoir de grands projets pour l'humanité, mais c'est au niveau individuel et personnel qu'il faut agir, pour l'autre et donc pour soi.
Me voilà condamné par cette loi écrite contre les passeurs, j'ai maintenant un casier judiciaire et une peine avec sursis qui se convertira en prison ferme si j'étais de nouveau condamné.

Alors pour les solidaires qui risquent de se retrouver dans la même situation, pour mes enfants, pour les éclairés qui ont édicté les Droits de l'Homme, pour les magistrats qui défendent les principes fondateurs de la République et pour tous les citoyens qui ne se reconnaissent pas dans cette condamnation j'ai décidé de me pourvoir en cassation afin que la plus haute juridiction de l'ordre judiciaire français se prononce sur l'exactitude de l'application de la loi.

Dans cette période qui s’assombrit, les fondamentaux prennent tous leur sens :

                                              Article 1er de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme : «
Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. »

Merci de votre soutien.
Pierre-Alain Mannoni
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