Dans cet article il est question de ce que l'on appelle "Le délit de solidarité" : l'aide aux migrants en détresse, fournie assez spontanément par des citoyen-nes, qui est jugée comme un "délit" par nos gouvernants.


Actuellement nombreuses sont les personnes qui quittent leur patrie et cherchent refuge dans d'autres pays ne connaissant ni la guerre, ni les difficultés économiques dues au changement climatique. La France fait partie de ces pays qui connaissent une certaine sécurité et des conditions de vie dignes.

 

Ainsi, en 2013, environ 60.000 personnes ont demandé asile en France, dont près de 4.000 en Seine Saint-Denis, notre département. Ce chiffre est semblable à celui des demandeur d‘asile en Suède (54.000), pays bien plus petit et moins peuplé que la France. En Allemagne, le nombre de demandeurs est presque le double (110.000).

On compte environ 16 millions de réfugiés à travers le monde.
En France, seuls 10% environ des demandeurs voient leur demande acceptée. Les autres sont renvoyés ailleurs, ou partent de leur plein gré, errent dans les rues ou arrivent à s’intégrer à la vie « normale » par leurs propres moyens

 

C’est de ceux qui ne sont pas pris en charge dont nous voulons parler ici. Les principaux pays d’origine de ces réfugiés sont la Syrie, l’Afghanistan et l’Irak et autres.... Beaucoup de migrants traversent l’Italie, arrivent en France par la vallée de la Roya et se retrouvent dans une impasse.
Dans cette vallée, un mouvement de solidarité s'est développé chez les habitants qui les accueillent, les soignent, les nourrissent. Les militants, arrêtés vendredi dans la vallée de la Roya suite à une dénonciation, comparaîtront au tribunal correctionnel en mai. Un reportage très fort à faire connaître : "Roya, l'insoumise" 

Dans d'autres régions de France également des personnes apportent spontanément leur aide.

 

Nombre de ces personnes sont arrêtées pour avoir aidé des migrants.
Pour n'en citer que quelques unes : 

 

- Pierre-Alain Mannoni poursuivi pour avoir convoyé des réfugiées érythréennes malades et épuisées dans sa voiture. Peine requise : 6 mois de prison avec sursis. Il est passé en jugement et a été relaxé, mais le parquet a fait appel de ce manque de condamnation, quasi immédiatement, ce qui ne se fait pas habituellement.
- Cédric Herrou, agriculteur de la Roya qui a aidé des migrants, encourait 5 ans de prison et 30 000€ d’amende, le procureur a requis 8 mois de prison avec sursis. Relâché, il a été de nouveau arrêté et emprisonné.
- Jean-Luc Munro, conseiller municipal écologiste près de Lille, informé d’une intervention policière auprès d'un campement Rom, s'est rendu sur place pour témoigner et servir de médiateur, deux policiers ont soudainement agrippé son vélo et l'ont fait chuter violemment. L'élu a ensuite été embarqué au commissariat de police de Loos où il est resté en garde à vue de 9 heures 30 à 17 heures 30. Un comité de soutiens important s'est tenu à son procès.

Beaucoup de personnes se sont émues de l'attitude de l'Etat qui condamne ces citoyens allant au secours des migrants : le Manifeste "La Solidarité, plus que jamais un délit ?", signé par 100 organisations atteint aujourd'hui les 300 signatures ! http://delinquantssolidaires.gandi.ws/

 

Le texte suivant a été signé par des noms célèbres : 

« Visage humain et fraternel »

L’Etat engage aujourd’hui des procès contre ceux qui reçoivent chez eux des réfugiés pour les nourrir, les aider à survivre et à poursuivre leur voyage. On nous dit qu’ils désobéissent à la loi, et qu’il y a là volonté de sortir de la justice pour faire de leur action une tribune politique. Ces citoyens contribuent à rendre un visage humain et fraternel à notre pays : c’est bien, en effet, une prise de position politique. C’est aussi la nôtre.

Nous considérons qu’il est désormais impossible de présenter des actes de solidarité humaine comme des aventures individuelles. Nous approuvons et respectons la conduite des Français qui apportent aide et protection aux réfugiés maltraités au nom du peuple français. Nous souhaitons ne pas nous contenter d’appuyer leur action. Nous considérons que nous avons, chacun à notre place et selon nos moyens, le devoir d’intervenir comme eux auprès des réfugiés. C’est rétablir notre dignité avec la leur, et défendre les valeurs d’humanité.

Parmi les signataires de ce texte, figurent : Yann Arthus-Bertrand (photographe), Etienne Balibar (philosophe), Harry Bernas (physicien), Rony Brauman (médecin, essayiste), Philippe Caubère (comédien), Cyril Dion (écrivain et cinéaste), Annie Ernaux (écrivaine), Nancy Huston (écrivaine), Jean-Marc Lévy-Leblond (physicien), Michèle Leduc (physicienne), Emily Loizeau (auteur-compositrice-interprète), Françoise Nyssen (éditrice), Jacques Rancière (philosophe) et Michel Wieviorka (sociologue). La liste complète des signataires se trouve sur : change.org

 

Altruisme. Près 1 400 réfugiés chez l’habitant 
Dans le cadre du projet «hébergement citoyen» présenté par la ministre du Logement, 1361 réfugiés statutaires - ayant obtenu l’asile - vont être accueillis de trois mois à un an chez des particuliers. Ils seront hébergés à titre gratuit ou «selon une participation définie en fonction de leurs ressources». (Libération du 16 02 2017)  http://www.liberation.fr/debats/2016/02/16/l-altruisme-arithmetique_1433812

Ces comportements émanant de l'Etat et de la justice interpellent à juste titre nous semble t-il, un nombre important de citoyens et d'associations : 
Comment peut-on considérer comme des délinquants de la solidarité, les personnes qui font acte de solidarité et de générosité ?  Dans quel monde vivons-nous lorsque les actions de secours et d'aide au semblable sont sanctionnées par des amendes et de la prison ?

 

Veut-on transformer les personnes en des êtres humains égoïstes, haineux, rejetant leurs semblables? 
Rappelons qu'il y a assez naturellement une empathie, un mouvement de générosité qui porte des citoyens envers leurs semblables. Cet élan solidaire et généreux permet des échanges sereins et agréables entre tous. Dès qu'il disparaît pour faire place à l'animosité, aux rivalités, aux conflits, les relations se brouillent, la violence et la haine apparaissent.
En voulant condamner cet élan de générosité et d'amour qui porte les citoyens les uns envers les autres, que veulent ceux qui nous gouvernent ? Veulent-ils la guerre entre les citoyen-ne-s ?

 

Ceci malheureusement rappelle trop ce qui peut se passer pendant les guerres, lorsque les individus n'hésitent pas à dénoncer leurs voisins, les précipitant vers la mort. Ici il ne s'agit pas de mort directement pour les migrants, mais de prison, et dans certains cas, de retour vers le pays d'origine avec parfois la mort dans ce pays. Sommes-nous de véritables robots obéissant au doigt et à l’œil à ceux qui nous dirigent ?

 

Les personnes qui aident ces migrants font acte de "désobéissance civile". Elles s'en réclament d'ailleurs. Elles se comportent comme des êtres libres, capables de dire "non" à des ordres inhumains et illégitimes. 

 

Quand nos gouvernants bafouent les valeurs humaines que sont l'amitié, la solidarité, l'entraide, nous avons le devoir de désobéir. Quand nos gouvernants n'hésitent pas à sanctionner celles et ceux qui écoutent leur cœur et pratiquent la compassion, nous devons nous réjouir, car nous faisons ce que tout gouvernement devrait faire dans sa mission : accueillir l'Autre, les autres, les aider, leur procurer ce qui leur manque. Le gouvernement faillit à sa tâche. Les citoyens sont là par leur comportement pour la lui rappeler.
Comment parler alors du "bien vivre ensemble"?

 

Que doit-on déduire de tout cela? Que c'est le peuple qui dicte la conduite à tenir à nos gouvernants ? 
Cette constatation, nous la faisons dans beaucoup de domaines : dans l'environnement, dans la découverte de techniques modernes qui respectent la nature et l'être humain, dont les énergies renouvelables. La société civile est en marche, beaucoup de mouvements naissent qui vont dans une orientation de plus d'humanité, de paix sociale, de respect de l'environnement. 
Il nous apparaît que les citoyens doivent interpeller leurs élus où qu'ils soient afin que cessent ces conduites indignes.
http://www.liberation.fr/debats/2017/02/10/la-justice-contre-les-justes_1547591
Autres articles : la distribution alimentaire est interdite ! http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20170216.OBS5413/paris-des-benevoles-empeches-de-nourrir-des-migrants-pres-du-centre-de-la-chapelle.html#

 

Le flux des migrants n'est pas près de se tarir pas tant qu’il y aura des guerres et les bouleversements climatiques. Il risque plutôt d'augmenter.
http://www.planetoscope.com/Catastrophes-naturelles/1128-nombre-de-refugies-climatiques-dans-le-monde.htlm

 

Ils fuient et arrivent dans nos pays espérant des conditions de vie dignes et meilleures. Nous, les occidentaux, sommes à un tournant de notre histoire. Nous ne pouvons pas continuer à vivre de la manière dont nous le faisons actuellement, gaspillant les ressources de notre terre. Changer nos modes de vie va t-il de pair avec le fait que nous fassions une place aux migrants qui sont de plus en plus nombreux ? La question demeure et insiste. Une solution doit être trouvée. De préférence à s'en remettre aux forces de police et à des lois injustes, demandons à ce que se mette en place au gouvernement, une commission suffisamment importante qui élaborera un véritable programme concernant ce sujet de l'immigration et des conduites à préconiser : réflexions et actions sur le long terme, en tenant compte des réalités présentes et à venir.


                                                Jeanne Studer

 

 

 

 

Commentaires  

+1 #1 Riffi la noire 07-03-2017 09:36
(petit texte du journal l'Humanité écrit par Laurent Mouloud

Un manifeste contre le délit de solidarité
L'Union juive française pour la paix (UJFP) a publié hier un "manifeste" signé par d'anciens enfants juifs cachés pendant la Seconde Guerre mondiale qui ont décidé d'apporter leur soutien aux militants et citoyens poursuivis actuellement pour avoir aidé des exilés, que ce soit dans la vallée de la Roya, à Calais ou encore à Paris.
"Si nous sommes en vie, c'est parce que des délinquants solidaires ont désobéi, nous ont cachés, nous ont nourris, en dépit des lois de Vichy et de l'occupant", rappelle le texte, qui compte quatorze premiers signataires, parmi lesquels Georges Gumpel, "caché à Lyon, puis en Haute-Loire", Denise Fernandez Grundman, "caché dans le Maine-et-Loire", ou encore Liliane Lelaidier-Marton, "enfant cachée à Bonneuil-sur-Marne". Pour ces signataires qui veulent passer le flambeau, ce "devoir de solidarité s'applique aussi aujourd'hui" et ils réclament "la fin des procédés d'intimidation"
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