Notre époque est troublée. Des mouvements citoyens prennent forme, comme "Nuit debout". De nombreuses associations, comme 350.org, Alternatiba, Greenpeace et d'autres, essaient de promouvoir des actions afin de lutter contre la puissance dévastatrice des multinationales et des grands groupes financiers qui imposent à tous leur pouvoir...
L'article suivant des "déserteurs actifs" nous offre un éclairage sur la complexité de cette situation.
http://les-deserteurs-actifs.over-blog.com/2016/03/crise-ecologique-et-urgence-democratique.html

 Le problème écologique est un problème social (1). C’est un problème posé par la domination : aujourd’hui, c’est plus clair que jamais. Et il est plus clair aussi que se trouve posé en termes cruciaux, vitaux, le problème de la démocratie. Seule une société d’individus égaux en droits et en condition réelle et donc également responsables peut faire face à une crise écologique à la fois planétaire et infiniment diversifiée dans ses manifestations – aussi diversifiée que le sont les habitats humains. Si ce n’est pas en soi la solution, c’est en tous cas la condition pour que soient recherchées et éventuellement trouvées et mises en œuvre l’infinité des solutions que requiert une crise écologique infiniment variée.

Ni les régimes dits démocratiques, ni les régimes autoritaires ne se sont souciés de contenir les crises écologiques dans des limites telles qu’une attitude et une pratique éclairées de « jardiniers de la nature » eut pu y remédier. Partout ont prévalu et prévalent plus que jamais les exigences totalitaires de la domination capitaliste sur les hommes comme sur la nature.

Il en résulte qu’aujourd’hui, l’humanité entière est confrontée à une crise écologique à la fois globale – elle affecte virtuellement tout ce qui concerne la vie – et planétaire – aucune région du globe n’y échappe. Ce serait un euphémisme dérisoire de continuer à dire que ce qui est atteint c’est notre « environnement ». S’agit-il encore d’ « environnement » quand c’est la fertilité des terres de la planète entière qui est compromise ? Quand c’est l’air que nous respirons, l’eau que nous buvons, nombre de nos aliments qui sont empoisonnés ? etc.... Ce n’est plus l’ « environnement », c’est nous-mêmes qui sommes atteints. Il ne s’agit plus de nous montrer raisonnables et d’adopter une attitude respectueuse envers la « nature ». Il s’agit de nous-mêmes, de la qualité de nos vies, voire de notre survie. C’est notre responsabilité, c’est à nous de prendre notre sort en mains.

Les solutions que l’on nous propose actuellement varient du dérisoire à l’odieux. Dérisoires, ces ayatollahs du marché qui osent encore affirmer que le marché va résoudre le problème du réchauffement planétaire : il suffit de donner un prix au carbone… En attendant, ce sacro-saint marché déprime le prix du pétrole au point de rendre non rentable tout investissement dans les énergies dites renouvelables…

Les engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre, solennellement pris lors des grand’ messes internationales comme celle de Paris, sont enterrés ou violés dès que le tintamarre de la com est retombé.

Autre réponse qui combine le dérisoire à l’odieux : certains écologistes qui se prennent pour les dépositaires de la conscience de l’humanité préconisent une espèce de dictature désintéressée, éclairée par la science. On se demande sur quelles « épaules de géant » ces héros devraient se jucher pour imposer le « désintéressement » aux puissances capitalistes qui dominent le monde. Pour ne rien dire de la vie qui nous serait faite, à nous les dominés, contraints par la force à la vertu écologique. Et donc irresponsables… ce qui rendrait illusoire la rationalité même de l’entreprise.

Car la crise écologique, si on peut la synthétiser dans des données statistiques à l’échelle planétaire, c’est, répétons-le, au niveau local et sous des formes particulières qu’elle affecte les collectivités humaines. Ce qui ne veut pas dire que cette crise puisse être résolue par une myriade de bricolages locaux : des décisions massives, affectant la planète entière sont inéluctables : par exemple l’abandon des sources d’énergie désastreuses – charbon, pétrole, etc. ou nucléaire. Mais de telles mesures ne seront prises et effectivement appliquées que si les collectivités humaines créent les conditions d’une responsabilité universelle et égalitaire de leurs membres, seuls capables de prendre en charge cette crise à la fois massive et multiforme et d’y porter remède. La démocratie représentative est radicalement incompatible avec cette exigence.

En revanche, d’une pratique de la démocratie directe et égalitaire nous voyons dès aujourd’hui s’esquisser des linéaments dans les luttes suscitées localement par des menaces d’ordre écologique, telles que celles rapportées par Naomi Klein dans « Tout peut changer », ou plus près de nous à N-D des Landes. Dans tous ces cas, la prise en charge de la lutte par les gens du pays se traduit par la diffusion d’une connaissance concrète de la situation ; le fait que la participation soit volontaire implique une certaine égalité dans les prises de décision comme dans la lutte pratique et un sens partagé de la responsabilité ; enfin, l’action, l’action directe, est en général étroitement ajustée et même organiquement intégrée au but poursuivi.

C’est dans le contexte de telles luttes, et de celles qui ne manqueront pas de surgir à l’avenir, que l’exigence d’une démocratie égalitaire et réelle peut, dès maintenant, trouver son terrain de diffusion le plus convaincant.

Daniel Blanchard

(1) Comme n’a cessé de l’affirmer et de le démontrer tout au long de sa vie de théoricien et de militant, Murray Bookchin.

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