Le 8 septembre 2013 sur France culture, la souvent passionnante émission Terre à terre de Ruth Stegassy traitait de Biens communs, biens public et propriété[1], en présence de deux chercheurs, Geneviève Azam, maître de conférence en Économie et Christophe Bonneuil, historien des sciences.

Synthèse des propos [avec ajouts personnels entre crochets] ci-dessous :

L’Histoire du capitalisme est celle de la privatisation et de la marchandisation de la nature : Très importante jusqu’au XVIIème siècle, la gestion des biens communs valorisait le droit d’usage, dans le souci du refus de l’abus (eau, terres…) . [En 1649, la révolte des Diggers (Bêcheux) qui prétendent cultiver sans payer de droits, préfigure ce mouvement en Grande-Bretagne.] En 1731, en Allemagne, un traité forestier interdit aux villageois l’usage des communs (glanage, ramassage des branches, pâturage) à des fins de rentabilisation. [Le mouvement des enclosures, dès 1860 accentue la privatisation des Commons en entourant les champs de haies, favorisant les gros propriétaires Britanniques.]

Déjà le développement durable au XVIIIème siècle ?

La notion de soutenabilité, de l’actuel Développement durable, (en anglais sustainable development) apparaît comme un outil de l’expansion capitaliste : il s’agit bien, sous prétexte de rationalisation et de protection de la Nature, de déposséder les populations de leur droit d’usage. Ces populations ne sont pas dupes et résistent, comme en témoigne, par exemple de 1820 à 1870, la Guerre des Demoiselles en Ariège, où des paysans et villageois qui se voyaient interdire de prendre le bois dans la forêt, avaient brûlé des titres de propriété dans des châteaux, et rendu inapplicable localement le code forestier durant une cinquantaine d’années.

Au XIXème et surtout au XXème siècle, l’État va accélérer la privatisation des biens communs. Remplacer le stock (du capitalisme industriel) par le flux (du capitalisme financier) : l’enjeu de la dématérialisation. Pour le capitalisme industriel, la Nature, chosifiée et quasiment considérée comme non vivante, participait, [comme les travailleurs], d’une économie réelle : pour exploiter la Nature, [de la même façon qu’on exploitait le prolétariat], il ne fallait pas les détruire, mais les soumettre. Ainsi se développent des mécanismes de protection, de contrôle territorial et de législation fiscale, mais toujours dans une optique productive marchande. On est alors dans une logique matérielle de stocks. Le capitalisme financier, à la suite du fordisme néo-libéral , qui a de moins en moins besoin de la Nature (chimie, artificialisation) et des producteurs (délocalisation, robotisation)], est actuellement confronté à la finitude généralisée des ressources : les stocks se font de plus en plus rares. Si la Nature est désormais considérée comme vivante, et produisant gratuitement, il s’agit toujours de la marchandiser. On passe de la logique de stocks à celle de flux. La valorisation du flux par rapport au stock permet de déréaliser le rapport matériel avec la nature, au moyen d’une dématérialisation généralisée initiée par les lobbies des grandes multinationales. Les régulations environnementales coûtant trop cher aux puissances de l’argent, il s’agit toujours de favoriser -sous couvert de protection- la privatisation et la commercialisation généralisée des espaces et ressources.

L’Économie «verte» : soumettre la nature à l’économie

L’Économie «verte» vise à s’emparer du vivant pour faire de l’argent avec, ou utiliser la biomasse pour pallier la perte de ressources. En partie grâce à la dématérialisation, la nature devient une entreprise à valoriser, sous-système du capitalisme financier. Ceci permet par exemple d’abolir les frontières de l’intégrité du vivant par la manipulation génétique. De fait, la contrainte sur la Nature est beaucoup plus forte que les barrières physiques des enclosures parce que l’offensive est multiforme avec notamment le brevetage du vivant (semences, médicaments…) mais aussi de l’immatériel et même de la pensée par le durcissement du droit de la propriété intellectuelle. La notion de flux écosystémique justifie les mécanismes de compensation : le marché carbone, géré par le privé, illustre au plan mondial cette aberration. [En France, à Notre-Dame-des-Landes, Vinci peut donc détruire un écosystème humide s’il s’engage à en reconstituer artificiellement la même surface ailleurs.]

Diviser pour régner : le chantage économique

Au niveau international, les États et instances internationales ont organisé leur impuissance. En France, les lobbies pétrolier et nucléaire freinent toute transition énergétique. La mise en concurrence social/environnement crée un chantage qui pousse par exemple le Brésil, important producteur de biomasse, à défendre l’Économie verte.

Récupérer les biens communs

La transition énergétique peut donc suivre des voies différentes : utilisation par les multinationales de la biomasse pour produire de l’énergie ou sobriété énergétique, impliquant un changement de modèle et le choix d’outils permettant cette option. La question de la récupération des biens communs (qu’ils soient naturels ou de la connaissance) est essentielle, comme on peut le voir au sein de différents mouvements sociaux lors des Sommets des peuples qui vont peut-être reprendre la Guerre des demoiselles, les chercheurs concluant que le local (AMAP, villes en transition, jardins partagés) ne suffira pas pour changer les choses.

Peter Benoit   paru sur le site Montreuil en transition - http://montreuilentransition.fr/

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