Tribune Politis – 25/02/2016

L’agriculture connaît une crise sans précédent. Depuis cet été, les manifestations se multiplient. Chaque mois, la situation est encore plus compliquée sur les fermes, la détresse s’installe, et la colère monte. Cette crise était pourtant largement prévisible. Elle est la conséquence d’une lente dérive de l’agriculture vers une industrialisation entamée dans les années 1960.

A l’époque, le soutien aux paysans pour se moderniser est une bonne nouvelle. Finie la traite à la main matin et soir, les faux rentrent au placard, les conditions de travail s’améliorent. Mais plus d’un demi-siècle plus tard, cela ne s’est toujours pas arrêté. Drones, biotechnologies, robots sont présentés comme les outils miracles pour faire du paysan un entrepreneur moderne, qui ne se salit plus les bottes dans ses champs et peut gérer son troupeau depuis un ordinateur.

Cette modernisation sans fin s’accompagne d’une concentration des productions. L’élevage porcin s’est, par exemple, concentré dans l’ouest, et les zones de déprise laitière se multiplient. Les fermes, elles, doivent être plus grosses, pour être plus efficaces. C’est le corolaire des gadgets de la modernisation : il faut s’inscrire dans une économie mondialisée à la recherche de volumes produits à bas coût. L’agriculture s’est financiarisée au point que les paysans deviennent la dernière donnée encombrante.

La situation est la même que dans le secteur industriel. Les êtres humains prennent trop de place, ne sont pas fiables, et tiennent à leurs savoir-faire. La crise que nous vivons aujourd’hui n’est autre qu’un gigantesque plan de licenciements. Chaque année on compte 5000 paysans de moins, et la crise actuelle ne va faire qu’accélérer la cadence. L’industrie s’accapare nos terres, nos pratiques, notre métier, pour enfin se passer de paysans.

Aujourd’hui, un jeune qui s’installe commence par s’endetter de plusieurs centaines de milliers d’euros. Puis il achète des semences chaque année puisqu’il est interdit de ressemer, et de l’alimentation animale puisqu’il faut des mélanges qui contribuent à faire du volume. Au même moment, il passe un contrat avec une entreprise qui va lui acheter sa production. Tous les mois il reçoit sa paie, et la voit diminuer. Quand la crise arrive, on lui conseille de réinvestir pour compenser les baisses de prix par toujours plus de volume. Sur les bureaux, les piles de factures grossissent, comme les dettes.

La situation est grave et les pouvoirs publics, encouragés par les institutions agricoles, en sont les premiers coupables. Les réponses apportées à coups d’avances de trésoreries, d’abaissement des cotisations sociales (définitivement appelées « charges » par nos ministres), de fond de soutien pour les plus endettés, ne changent rien. Les paysans ne veulent qu’une chose : être payés pour leur travail. Car s’il est bien un métier dans lequel l’adage d’un ancien Président de la République, « Travailler plus pour gagner plus », n’a pas de sens, c’est bien l’agriculture.

Mais alors comment fait-on pour ramener du prix ? Nos ministres nous expliquent qu’ils ne peuvent rien faire, qu’ils n’ont pas pouvoir d’intervenir sur les activités d’opérateurs privés, que c’est la loi du marché. Il y a pourtant des choses à faire, à condition d’avoir un peu de volonté. Sans entrer ici dans les détails techniques, il est possible, immédiatement, de mettre en place des mesures de stockage à un prix suffisamment haut pour assainir le marché. Au-delà, pour la production laitière, il faudra aussi imposer un prix garanti, couvrant les coûts de production, pour le volume correspondant réellement à la demande (environ 90%). L’Union européenne peut aussi décider de remettre en place des outils de régulation dynamiques qui permettraient de maintenir les volumes produits en fonction de l’évolution des prix.

En parallèle de ces mesures techniques, le ministère de l’Agriculture pourrait aussi faire le choix de soutenir les paysans pour qu’ils continuent à faire leur métier. La France touche chaque année 10 milliards d’euros de la Politique agricole commune. Cet argent est réparti en grande partie en fonction des surfaces et du nombre d’animaux. Et si on choisissait plutôt de l’utiliser pour aider les paysans à gagner en autonomie, à recréer du lien local avec leur production, à fonctionner avec la nature qui les entoure, à créer de l’emploi ?
Tout est affaire de choix et la sensibilité de nos gouvernants au lobbying des multinationales de l’agro-alimentaire ne peut durer éternellement. La disparition des paysans est une catastrophe pour nos sociétés. Il est temps d’agir.

Laurent Pinatel,
paysan dans la Loire,
porte-parole national de la Confédération paysanne

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