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Qui n'est pas saisi par le spectacle de plus en plus fréquent de personnes qui ont sombré dans la misère et se retrouvent à vivre dans la rue ? On les voit en petit groupe, une canette de bière à la main, mal habillés, sans chez-soi et donc exclus de notre société.
C'est la partie visible de l'iceberg, mais tout observateur averti sait qu'un grand nombre de français a de plus en plus de mal à vivre, s'endettant, se surendettant, sans omettre l'humiliation des files d'attente au Pôle Emploi de ces personnes au chômage : 5 millions, lesquelles se sentent inutiles, pire dévalorisées par le fait qu'elles n'ont pas leur place professionnelle dans cette société et n'obtiennent pas de cette façon la reconnaissance de leurs pairs.
Cette "non-place" fait que ces personnes en viennent à se dégrader tant sur le plan psychique que physique. Est-ce cela que nous voulons pour tous ces êtres humains ?
Par ailleurs, cette montée importante du chômage engendre une insécurité chez ceux qui ont encore un travail.

Comment en est-on arrivé là ?

Des auteurs nous apportent leurs réflexions au sujet de cette dégradation : François Plassard, Patrick Viveret et sans doute d'autres encore........ :

Dans son livre"Pour une métamorphose de la société"(1), François Plassard  aborde les effets de la formidable avancée technologique qui a supprimé un grand nombre d'emplois :
[...] "L'émergence d'une révolution technologique que les économistes appellent « destruction créatrice », sur l'information et l'automation (informatique, robots, matériaux, biotechnologies) détruisant plus de travail en nombre d'heures travaillées qu'elle n'en crée.
Dans les trente années qui ont suivi les trente glorieuses, le nombre de personnes disponibles pour travailler augmente en France de 23 % (22,3 à 27,2 millions de personnes, trois fois plus de femmes que d'hommes entrent sur le marché du travail !). Or dans ces même trente années le travail nécessaire baisse de l0 % (41 à 36,9 milliards d'heures travaillées) et la production augmente de 76 %.
Ainsi à partir des années 1975, naît un chômage structurel : le temps libéré par les robots au lieu de devenir un « temps libre choisi pour tous », dont auraient rêvé nos grands parents de la grande usine, devient un « temps libre subi », reporté sur des personnes appelées suivant les cas : chômeurs, demandeurs d'emploi, précaires, « variable d'ajustement » ou « chercheurs de sens » ,qui s'impliquent dans de nombreuses initiatives, faute d'emploi. Nous le nommerons le deuxième peuple de France.[...]
Se distingue alors deux peuples, celui qui s'accroche à son travail coûte que coûte de peur de le perdre (à quel prix !), et celui qui l'a perdu et qui, à l'exception de travail précaire, n'en retrouvera pas. Comme les appelle Albert Jacquard ce sont les zantrops ou les sans voix dans nos démocraties de représentation.[...] "

Les choses sont claire pour François Plassard. La progression technologique est telle qu'elle supprime les emplois en remplaçant les hommes, alors que la production augmente. Il y a donc une incohérence : Où va l'argent dû aux bénéfices qui eux sont bien réels ?
Qui s'en met plein les poches ? Les actionnaires ? Les riches ? Des sociétés secrètes ? Des Etats ?
Pourquoi l'argent résultant de tous ces bénéfices ne serait-il pas reversé à ceux qu'on a privé de travail ? (2)

Un autre auteur Patrick Viveret fait le même constat que François Plassard dans son article "Œuvrer à l’émergence d’une nouvelle société"(3), il propose une alternative à cette situation :
"....depuis 1960, en cinquante ans seulement, la productivité a été multipliée par cinq. 80 % du chômage est dû à ces progrès de productivité et au remplacement du travail humain par le travail machine, qui ont bien plus d’impact que les délocalisations......"

Mais Patrick Viveret n'en reste pas à ce constat. Il souhaite faire de ce temps apparemment inactif une ressource précieuse, à condition évidemment que les inactifs soient rémunérés et qu'ils aient de cette façon la possibilité de créer, en échappant aux contraintes du travail forcé. Par ce temps libre, les êtres humains pourraient utiliser leurs ressources personnelles pour faire une oeuvre de leur vie,  laquelle pourrait prendre de multiples formes.
Citons cet auteur toujours dans le même article : "Il y a un lien entre un revenu de base et la possibilité de réaliser des métiers qui soient aussi des œuvres. Il faut changer notre regard sur le chômage et la retraite, considérer les chômeurs comme des offreurs de précieuses compétences et la retraite, comme un temps d’exercice de métiers authentiques. Je suis partisan d’un revenu de base pour tous, car toutes les étapes de la vie humaine ont besoin d’être sécurisées et, contrairement à ce que professe l’ultralibéralisme, la créativité va de pair avec la sécurité. Ce revenu de vie est un élément du nouveau pacte social à construire, aux côtés de la protection sanitaire et sociale et des chambres des métiers. Ces dernières sont cruciales car individus et groupes ont besoin d’être accompagnés pour pouvoir se poser la question de leur projet de vie et se convertir à la logique du travail comme œuvre...." (3)

Ainsi l'absence de travail et les millions de chômeurs sont le résultat d'une technologie croissante de haut niveau -les humains sont laissés pour compte, car on n'a plus besoin d'eux- à part un nombre minime d'entre eux, hautement spécialisé.
Ce qui est un progrès pour les uns et un enrichissement phénoménal pour quelques uns, signent la faillite des autres. Veut-on vraiment faire perdurer cette injustice !
Mais si on accepte de reconsidérer le système en entier, de répartir correctement les richesses au lieu d'en laisser l'apanage à quelques privilégiés......., on laisserait le champ libre à une formidable révolution humaine et à l'ouverture à de nouvelles créativités, à de nouvelles formes de sociétés.
Ce qui est important est de définir les priorités humaines : veut-on d'un monde où une grande majorité d'humains se sentant dévalorisés et miséreux, deviendront, soit agressifs, soit dépressifs, ne pouvant mettre en valeur leurs qualités humaines, veut-on d'un monde où les patrons ont toute latitude de harceler leurs employés, sachant que si ceux-ci s'en vont, il y en a 500 qui sont à la porte attendant un emploi, ou veut-on enfin changer de paradigme (2) et en promouvoir un autre, un monde qui permettrait à chacun d'avoir sa place sans léser les autres et en harmonie avec son environnement ?
Jeanne Studer

(1) "Pour une métamorphose de la société - En finir avec "la logique du titanic" François Plassard
http://www.decitre.fr/livres/pour-une-metamorphose-de-la-societe-9782915741551.html

(2) P. Laroutourou de Charlie Hebdo ainsi que Jacky Fayolle qui est l'ancien directeur de l'Institut de recherche économique et sociale (l'I.R.E.S) évaluent de 120 à170 milliards d'euros, le transfert des revenus du travail (les salariés) vers les revenus du capital (les actionnaires) depuis 1980 en France. Le Monde diplomatique, janvier 2008

(3) "Œuvrer à l’émergence d’une nouvelle société" http://www.cahiers-franciscains.com/interview-1/


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