Entretien réalisé pour le journal Reporterre. Propos recueillis par Hervé Kempf

Naomi Klein revient avec un livre fort, "Tout peut changer". Capitalisme et changement climatique. Présentant le changement climatique comme un « risque existentiel », elle démontre que, pour éviter la catastrophe, il faut adopter des politiques radicalement contraires au néo-libéralisme dominant. Reporterre s’est entretenu avec elle.

Reporterre - Pourquoi les climato-sceptiques ont-ils raison - sur un point crucial ?

Si nous comprenons que cette crise est, au sens fort du terme, une crise de la foi, nous comprenons alors aussi que nous sommes dans un moment où la question religieuse, au sens radical de ce qui lie les êtres vivants et fait sens pour eux, devient une question centrale où se jouent les rendez-vous majeurs de l'humanité. Quand vous vous situez au niveau de la question du sens, vous touchez à la question la plus vitale, avec celle de l'amour. Le désir de reconnaissance et le désir de sens sont les deux moteurs fondamentaux d'un être humain.

A propos du barrage de Sivens : des experts missionnés...

Après toutes les manifestations de protestation sur le site de Sivens, le gouvernement a missionné des experts. Leurs conclusions sont nettes : les besoins ont été surestimés, l’étude d'impact est de qualité très moyenne, le financement est fragile.....
Le rapport critique en effet une évaluation «contestable» des besoins «réels» d'irrigation, évoquant «une surestimation du volume de substitution destiné à l'irrigation d'au moins 35 %». Un surdimensionnement qui s'explique par une estimation des besoins, établie «sur des données anciennes et forfaitaires». «Le choix d'un barrage en travers de la vallée a été privilégié sans réelle analyse des solutions alternatives possibles», une situation d'autant «plus regrettable que le coût d'investissement rapporté au volume stocké est élevé». L'étude d'impact est qualifiée de «qualité très moyenne» et le financement du projet non encore complètement abouti.

Destruction de la bio-diversité

Les conséquences du projet sont désastreuses, à savoir la destruction irréversible d’une zone humide de 13 hectares – véritable espace de biodiversité où vivent 94 espèces protégées – le déboisement total de la zone, un coût d’investissement faramineux -financé par l’argent public- ne profiteraient qu’à l’intérêt d’une poignée d’exploitants qui répond à la logique d’une agriculture productiviste, anti-écologique et dépassée. Pour les écologistes, c’est une insulte faite à l’intérêt général.

Article paru dans Atlantico :
http://www.atlantico.fr/decryptage/kouachi-coulibaly-terroristes-made-france-produit-societe-qui-paye-mais-accueille-pas-helene-strohl-1957050.html

Lorsqu'ils étaient enfants, l'Etat a provisoirement pris en charge les frères Kouachi. Puis il les a hébergés en foyer, a financé un contrat aidé, et enfin, leur a fourni des logements sociaux. Mais ce n'était pas suffisant.

Une fois admis les effets de la guerre en Moyen Orient sur les récents événements français, il faut se poser des questions plus concrètes. Certes Saïd, Chérif et d’autres sont partis s’entraîner hors de France et ont peut être été commandités ou soutenus par des réseaux étrangers ; ils ont visé une cible frappée par une fatwa et un commerce juif. Il n’empêche, ils sont Français, nés ou élevés en France et nous ne pouvons donc pas rejeter toute la responsabilité de leur parcours et de leur haine à notre égard sur « le parti de l’étranger ».

On ne peut pas non plus l’imputer à leur religion, ni même à leur entourage.

Ils ne sont en rien représentatifs des musulmans français qui ont toujours clamé leur refus de ce type de combat et ont choisi, sans état d’âme,  pour ceux d’entre eux à qui ces dessins apparaissaient outrageants, l’arme du procès.

Deux questions se posent donc : pourquoi ont-ils embrassé la cause de la défense contre un outrage fait aux images sacrées de leur religion  et pourquoi ont-ils voulu défendre jusqu’à en tuer et mourir pour leur communauté ?

                                       par Dalibor FRIOUX écrivain, dans Libération
http://www.liberation.fr/societe/2015/01/18/sommes-nous-tous-egaux-devant-l-humour_1183406

En lisant le compte rendu de divers incidents, qui ont émaillé la minute de silence en hommage à Charlie Hebdo ou les débats à ce sujet dans plusieurs dizaines de lycées et collèges, on peut se demander ce qui pousse des gamins de 10 ans à dire des choses comme «ils l’ont bien cherché», «il ne faut pas insulter la religion», ou encore, «la marche, ah oui, la fête pour la mort des frères Kouachi…». De fait, bien peu d’habitants des «quartiers» sont descendus dimanche dans la rue parisienne. Quelles sont les réponses apportées ? Pour le terrorisme : la sécurité renforcée. Pour les «Je ne suis pas Charlie» : sermons sur la liberté d’expression servis par autant d’éditorialistes, d’écrivains et de politiques que nécessaire.

Quelque chose met mal à l’aise dans le pur débat de principes, dans l’injonction de tristesse devant les morts, de tolérance devant les caricatures, dans l’exigence d’unanimisme. Il y aurait nous, Occidentaux cultivés, raffinés, tolérants, et les sauvages, obtus, violents, jeunes ou vieux, français ou arabes. Encore une fois, nous donnons des leçons, supposant toutes choses égales par ailleurs. «Vous n’êtes pas mûrs, vous n’avez pas d’humour, vous n’êtes pas des nôtres au fond». Une caricature montre même un intégriste armé s’écrier : «L’humour ? Ça ne me fait pas rigoler !»

Qui n'est pas saisi par le spectacle de plus en plus fréquent de personnes qui ont sombré dans la misère et se retrouvent à vivre dans la rue ? On les voit en petit groupe, une canette de bière à la main, mal habillés, sans chez-soi et donc exclus de notre société.
C'est la partie visible de l'iceberg, mais tout observateur averti sait qu'un grand nombre de français a de plus en plus de mal à vivre, s'endettant, se surendettant, sans omettre l'humiliation des files d'attente au Pôle Emploi de ces personnes au chômage : 5 millions, lesquelles se sentent inutiles, pire dévalorisées par le fait qu'elles n'ont pas leur place professionnelle dans cette société et n'obtiennent pas de cette façon la reconnaissance de leurs pairs.
Cette "non-place" fait que ces personnes en viennent à se dégrader tant sur le plan psychique que physique. Est-ce cela que nous voulons pour tous ces êtres humains ?
Par ailleurs, cette montée importante du chômage engendre une insécurité chez ceux qui ont encore un travail.

Comment en est-on arrivé là ?

Des auteurs nous apportent leurs réflexions au sujet de cette dégradation : François Plassard, Patrick Viveret et sans doute d'autres encore........ :

Nous sommes des voix anonymes de cette manifestation. Nous n'accepterons pas que les mots pré mâchés des médias nous volent la mémoire de cette journée. Nous ne succomberons pas aux pressions et aux mensonges de politiciens qui veulent juste nous diviser et rêvent de nous voir disparaître. A nous d'écrire notre histoire. Voici une collecte de récits et ressentis de cette journée. On vous appelle à les diffuser et à faire de même.

La folle journée du 22