par Dalibor FRIOUX écrivain, dans Libération
http://www.liberation.fr/societe/2015/01/18/sommes-nous-tous-egaux-devant-l-humour_1183406

En lisant le compte rendu de divers incidents, qui ont émaillé la minute de silence en hommage à Charlie Hebdo ou les débats à ce sujet dans plusieurs dizaines de lycées et collèges, on peut se demander ce qui pousse des gamins de 10 ans à dire des choses comme «ils l’ont bien cherché», «il ne faut pas insulter la religion», ou encore, «la marche, ah oui, la fête pour la mort des frères Kouachi…». De fait, bien peu d’habitants des «quartiers» sont descendus dimanche dans la rue parisienne. Quelles sont les réponses apportées ? Pour le terrorisme : la sécurité renforcée. Pour les «Je ne suis pas Charlie» : sermons sur la liberté d’expression servis par autant d’éditorialistes, d’écrivains et de politiques que nécessaire.

Quelque chose met mal à l’aise dans le pur débat de principes, dans l’injonction de tristesse devant les morts, de tolérance devant les caricatures, dans l’exigence d’unanimisme. Il y aurait nous, Occidentaux cultivés, raffinés, tolérants, et les sauvages, obtus, violents, jeunes ou vieux, français ou arabes. Encore une fois, nous donnons des leçons, supposant toutes choses égales par ailleurs. «Vous n’êtes pas mûrs, vous n’avez pas d’humour, vous n’êtes pas des nôtres au fond». Une caricature montre même un intégriste armé s’écrier : «L’humour ? Ça ne me fait pas rigoler !»

Qui n'est pas saisi par le spectacle de plus en plus fréquent de personnes qui ont sombré dans la misère et se retrouvent à vivre dans la rue ? On les voit en petit groupe, une canette de bière à la main, mal habillés, sans chez-soi et donc exclus de notre société.
C'est la partie visible de l'iceberg, mais tout observateur averti sait qu'un grand nombre de français a de plus en plus de mal à vivre, s'endettant, se surendettant, sans omettre l'humiliation des files d'attente au Pôle Emploi de ces personnes au chômage : 5 millions, lesquelles se sentent inutiles, pire dévalorisées par le fait qu'elles n'ont pas leur place professionnelle dans cette société et n'obtiennent pas de cette façon la reconnaissance de leurs pairs.
Cette "non-place" fait que ces personnes en viennent à se dégrader tant sur le plan psychique que physique. Est-ce cela que nous voulons pour tous ces êtres humains ?
Par ailleurs, cette montée importante du chômage engendre une insécurité chez ceux qui ont encore un travail.

Comment en est-on arrivé là ?

Des auteurs nous apportent leurs réflexions au sujet de cette dégradation : François Plassard, Patrick Viveret et sans doute d'autres encore........ :

Nous sommes des voix anonymes de cette manifestation. Nous n'accepterons pas que les mots pré mâchés des médias nous volent la mémoire de cette journée. Nous ne succomberons pas aux pressions et aux mensonges de politiciens qui veulent juste nous diviser et rêvent de nous voir disparaître. A nous d'écrire notre histoire. Voici une collecte de récits et ressentis de cette journée. On vous appelle à les diffuser et à faire de même.

La folle journée du 22

Sivens : Nature Midi-Pyrénées, FNE Midi-Pyrénées et France Nature Environnement en deuil, communiquent

Samedi 25 octobre, Rémi, un jeune bénévole botaniste de Nature Midi-Pyrénées, association affiliée à France Nature Environnement, est décédé en marge de la mobilisation citoyenne pour lutter contre le barrage de Sivens. L'ensemble du mouvement FNE se joint à la famille de Rémi, aux bénévoles et aux salariés de Nature Midi-Pyrénées dans ce moment de deuil.
C’est avec une intense émotion et la plus grande tristesse que nous avons appris la mort de Rémi Fraisse, 21 ans, dimanche, en marge de la manifestation citoyenne organisée à Sivens, dans le Tarn, contre le projet de barrage, à laquelle de nombreux militants du mouvement FNE participaient.

Rémi était un jeune bénévole investi au sein de Nature Midi-Pyrénées, association affiliée à FNE Midi-Pyrénées et France Nature Environnement. Actif au sein du groupe botanique de NMP, il suivait la flore protégée en Haute-Garonne où il asurait la coordination du suivi de la Renoncule à feuille d'ophioglosse.

Honte aux lois qui interdisent aux paysans de vivre de la générosité de la terre.

Des firmes ont raketé les semences en les rendant stériles, de façon à ce que les paysans soient obligées de les racheter chaque année, en lieu et place de garder une partie de leurs semences pour les replanter l'année suivante.

Plantes mutées, loi sur les contrefaçons : depuis la semaine dernière, l'arsenal répressif sur les semences de ferme s'est renforcé avec deux votes au Sénat qui font peser la menace de saisie et de destruction des récoltes sur les paysans qui voudraient reproduire leurs semences ou qui seraient victimes de la contamination de leurs récoltes. Depuis des années les firmes semencières font passer des règlements et des lois qui resserrent l’étau autour des paysans. Et ce n’est pas fini....

Vous avez un travail, peut-être même un travail intéressant, choisi, bien rémunéré.

Et un jour, après des années de travail, un licenciement. Inscription au Pôle Emploi, indemnisations Assedic, et un jour, vous arrivez en fin de droits.

Il y a peu de temps, les indemnisations Assedic baissaient, mais les "droits" duraient longtemps, assez longtemps pour avoir des chances solides de trouver un nouveau travail. Maintenant, c'est différent : vous êtes indemnisés quelques mois, un peu plus, un peu moins, et du jour au lendemain tout s'arrête, vous êtes en fin de droits, vous ne gagnez plus rien, votre revenu tombe à 0 € par mois.

Quentin Torselli est le jeune homme qui a perdu un œil lors de la manifestation du 22 février à Nantes. Ces nouvelles émanent directement de sa famille.

5 mars 2014 : Les nouvelles de Quentin Torselli

La santé : L’opération d’hier s’est bien passée. Les multiples fractures ont été soignées, tout doit se consolider maintenant. C’est très douloureux pour l’instant. Soins infirmiers 3 fois par jour pendant 15 jours pour l’œil. ITT jusqu’au 4 avril pour l’instant.
Le moral : sans commentaire pour l’instant.
La justice : Quentin a déposé plainte le 27 février dernier.
La presse : Un bel article dans le Canard enchaîné de ce matin : « le nouvel aéroport coûte les yeux de la tête », de Jean-Luc Porquet.
- Un lien qui fait du bien : http://www.franceinter.fr/emission-le-billet-de-francois-morel-notre-dame-des-bulldozers
- et un autre lien qui dit les choses: http://22fevrier2014nantes.blogspot.fr/

Les témoignages : Quentin n’a pas été le seul blessé. Ils sont nombreux parmi les manifestants pacifiques et les badauds. Les plaintes affluent.

Voici ce que raconte une jeune fille qui était aux côtés de Quentin :