Le film documentaire "Squat, la ville est à nous" est passé au Méliès un certain vendredi de 2012, 

Ce documentaire très vivant nous a montré un groupe de jeunes qui squatte pour se loger mais aussi pour affirmer leur identité, leur désir d'une autre vie, différente de celles de leurs concitoyens, une vie en commun, de partage, d'échange.
Ils repèrent des logements vides, les ouvrent, les remettent en état, les habitent, et en quelque sorte leur redonnent une âme...
Le film ne nous montre pas trop la galère, les côtés difficiles de cette vie jamais assurée de continuité, de tranquillité, même s'ils sont visibles. Les difficultés et les empêchements, auxquels les jeunes sont confrontés les conduit également à la rencontre des autres habitants qu'ils abordent avec leur jeunesse, leur spontanéité, leur amitié.

Ici à Montreuil, nous avons aussi nos squatteurs. J'ai suivi avec intérêt leur parcours dans la ville et  leurs déboires dans les divers squats. Leur démarche a été assez proche des jeunes du film.

En outre, ils organisaient dans leurs lieux de vie, des rencontres hebdomadaires avec des thèmes, des repas, des fêtes, et y invitaient les habitants et leurs voisins proches. Dans un des lieux, rue de la Demi-Lune, lors de ces réunions, des thèmes sur l'éducation, l'écologie, l'urbanisme, etc... étaient abordés. J'y suis allée un certain nombre de fois et je trouvais magnifique cette initiative de jeunes sur une autre manière de vivre, et les réflexions sur notre société qui s'y déroulaient.

Ils ont même accepté à un moment parce que nous le leur avions demandé, d'héberger dans un de leur squat une famille rom qui logeait dans sa voiture et pour laquelle nous n'avions pas de solution. Plus tard, ayant reçu le jugement de l'huissier pour ce squat, les jeunes l'ont quitté avant d'être expulsés, mais ils venaient à tour de rôle pendant un certain temps, se relayer auprès de la famille rom pour continuer leur rôle de protection auprès d'elle, car cette dernière était restée dans le squat quelques mois supplémentaires.

Je les ai suivis dans la ville : rue Pasteur, avenue Président Wilson, rue de la Demi-lune, Bd Chanzy. A chaque fois, ils étaient expulsés de ces lieux de vie communautaire.

Nous sommes actuellement enfermés dans une logique terrible : construire toujours plus pour loger les personnes qui de plus en plus nombreuses, se pressent dans la Région Parisienne. On bétonne à tout va, peu importe que les misérables espaces verts et les arbres soient sacrifiés au passage (1) .
Les appartements sont de plus en plus chers, les gens de plus en plus pauvres, alors comme l'a dit un des squatteurs lors de ce film sur les squat : pourquoi ne pas construire différemment (2), prévoir des habitats collectifs avec une seule machine à laver par exemple (comme cela se pratique en Suisse et autres pays, où les machines à laver sont dans les caves pour les locataires) ?
Ne peut-on pas changer de logique plutôt que de s'en remettre aux promoteurs ? Pourquoi ne pas s'adresser à des citoyens qui auront envie de construire leurs maisons. Essayer de favoriser la dynamique collective, l'échange de savoirs, l'entraide, le partage, la convivialité...
On veut construire la ville pour les riches, bannir les îlots insalubres où les pauvres pouvaient encore se loger. Montreuil doit-elle devenir une ville propre et sans âme comme Paris qui a perdu beaucoup de son charme d'autrefois ?

A Paris encore, on punit les quartiers pauvres comme le XXème en supprimant les rares espaces verts qu'il possédaient. Ces quartiers ont la plus faible densité en espaces verts (1%). Dans le XXème en 2006, le Jardin Solidaire animé par des bénévoles, ouvert aux enfants et adultes du quartier, a été rasé pour construire un gymnase. Plus récemment (en 2011) toujours dans ce même quartier, un terrain d'aventure "Les petit Pierrots" réservé aux enfants les mercredis et les vacances, animés par des éducateurs, a été vendu à un promoteur qui a construit des immeubles. Le maire n'a t-il aucun pouvoir pour l'organisation de son quartier et la préservation des espaces verts ? De qui se moque t-on ?

Pour qui construit-on ? Pour les habitants ou pour les promoteurs et actionnaires ?

N'est-il pas temps de proposer d'autres modèles de logements comme par exemple une initiative prise par l'APAUM  aux environ de 2006, un mouvement des libertaires qui avait tenté d'installer un habitat collectif en squattant un bâtiment inoccupé rue Raspail à Montreuil, pour ceux qui n'avaient pas de logement. Ils en avaient été délogés par une vingtaine de vigiles armés de matraques et accompagnés de chiens.

Nous sommes pris dans une spirale infernale qui est celle de l'argent. Le Dieu Mammon (le veau d'or) de la Bible, détruit par Moïse en colère, est parmi nous, et personne n'ose le remettre en question, sauf ceux qui ne sont pas entrés dans cette dialectique du Dieu-Argent, et qui refusent de se plier à cette tutelle : les squatteurs, certains jeunes, et autres personnes en rupture de ban.

Ne ferons-nous pas confiance à la créativité et à l'innovation présentes chez ces jeunes, leurs qualités portées par leur force de vie montante, le refus d'un monde standardisé où règnent la crainte et les grilles d'immeubles ? Seront-elles ces qualités, soutenues et encouragées par d'autres, y compris par des élus ?

Aurons-nous le courage de croire qu'il est possible et nécessaire d'envisager d'autres structures pour les logements ? Vouloir d'autres logiques, d'autres conduites en matière d'urbanisme et ouvrir alors un espace où ces questions pourraient s'élaborer et se réaliser.

Pouvons-nous, a-minima, nous donner le temps de la réflexion avant de densifier à mort, la ville ?

Jeanne Studer            

(1) On sait bien que les arbres et espaces verts apportent aux êtres humains l'oxygène et l'humidité absolument nécessaires pour le minimum attendu de la santé des habitants, ainsi d'ailleurs que la fraîcheur de leur ombre en été. La chaleur dégagée par les espaces entièrement bétonnée devient vite insupportable.

(2) Habitats-solidaire à Orly (94). Chalets d'Emmaus à partir de palettes. Maisons castors. L'utilisation de matériaux recyclés en vue de la construction d'habitation.

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Commentaires  

0 #2 Sylvie 19-07-2015 13:39
Bonjour,

Bien d'accord avec le fait que les nuisances sonores, la défonce et la picole dans l'espace public ne sont pas acceptable, que l'on soit squatteur ou pas, d'ailleurs.

Mais pour l'accès au logement, le squat est une solution tout à fait acceptable, dans le contexte actuel, où les logements sont très chers et surtout où il est très difficile d'en trouver, même quand on peut payer un loyer. Les propriétaires ont des exigences démesurées (demandent des salaires élevés, être en CDI et fonctionnaire de préférence, une caution, etc.).

Il ne faut pas croire que les squatteurs ne payent rien, d'ailleurs. Dans un squat bien organisé, les squatteurs payent un loyer, l'électricité, l'eau, etc.

Le squat est utilisé de façon temporaire, par des personnes qui n'ont pas d'accès au logement. Ils n'ont jamais vocation à y rester toute leur vie : c'est une façon de vivre plus ou moins correctement, avec des règles de cohabitation et très souvent en bonne entente avec le voisinage.

Mais c'est un autre aspect de votre commentaire qui m'interpelle : dans une société très inégalitaire, ceux qui sont quelque part "au milieu" ne devraient-ils pas essayer d'améliorer les conditions de vie de ceux qui sont "en-dessous" ? On est tous "au-dessus" de certains et "en-dessous" d'autres...

Je pense que si on cherchait à améliorer le quotidien des uns et des autres, ce serait mieux que de chercher à couper les "privilèges imaginaires" de ceux qui ont moins. Le mieux vivre collectif ne passe pas, à mon avis, par la recherche du moins bien.

Encore une fois, j'insiste, les incivilités ne sont pas un apanage des squats.
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0 #1 Joliot Curie 19-07-2015 01:05
Bonjour
Vous avez raison sur le béton et la destruction des espaces verts à Paris et Montreuil. Nous vivons cela avec des municipalités de gauche ou EELV. Grosse désillusion.

Par contre pour les squats pas d'accord, camouflé sous une idéologie bien comme il faut et la com. qui va avec, ce n'est que du parasitisme social. Un partage a sens unique quand on paie ni impôts ni taxes ni eau ni électricité .
Partage des nuisances sonores, de l'insécurité (les assurances?) le bordel tous les soirs et nuits. La défonce et la picole comme mode de vie, non merci.
Demander aux riverains qui peinent à payer taxes, impôts locaux, charges, eau, électricité, ce qu'ils en pensent majoritairement ? Ce n'est pas du partage, juste de la violence pour se loger à bon compte.

Mais plus facile d'en faire des novateurs que de s'occuper d'aménagement du territoire et d'organiser un accès au logement correct.
Mais bon quand on paye son loyer ses impôts ses taxes, maintenant, on est un conformiste pour tous ces petits bourgeois en loft et maisons hors de prix, bien à l'abri des nuisances et en extase devant ces marginaux.

Cela dit, oui, dégouté de voir comment Montreuil se bétonne et perd sa personnalité et son charme dans un urbanisme stupide.

Mais aussi dégoûté de voir qu'on peut s'installer comme on veut dans un bâtiment collectif au mépris des personnes qui rament pour se loger légalement.

Tout cela ne peut que dégénérer!
Cordialement
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